Crimée/Kosovo/Mayotte : ce qu’on n’a pas ou presque entendu

Pour ce qui concerne l’indépendance du Kosovo, tout d’abord, rappelons que l’OTAN a fait la guerre à la Serbie à partir du 24 mars 1999 et cela pour une durée de 78 jours. Les objectifs militaires n’ont absolument pas été les seuls à être visés. La chasse de l’OTAN a aussi détruit des ponts, des voies de chemins de fer et des bâtiments administratifs. Il y eut, entre 2 500 à 3 500 morts et 12 500 blessés parmi les civils.

On ne sache pas que, depuis, les pays « vertueux » de l’OTAN aient accordé quelque compensation que ce soit pour les morts et les destructions civiles.

Peut-on faire un commentaire additionnel : le Kosovo n’est pas viable comme pays. Il est gangrené par la mafia du sommet de l’État jusqu’à sa base. Et pour quelle raison ? Peut-être que c’est la seule activité économique qui fonctionne dans ce mini État enclavé ?

Mais admettons qu’on doive, au final, accepter l’indépendance du Kosovo qui ne veut plus rester rattaché à la Serbie, on le comprend, mais qui aurait beaucoup plus sa place comme une province de l’Albanie. Mais ce n’est pas vraiment le propos, la question étant de savoir : quelle différence avec la Crimée ? Rappelant que : « UKRAINE - Référendum sur le statut de la Crimée, forte participation : 1,5 millions d'électeurs de la région autonome de Crimée étaient appelés aux urnes dimanche 16 mars 2014 pour se prononcer par référendum sur le statut de la Crimée, en répondant à ces deux questions : "Soutenez-vous le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie en tant que sujet fédéral?" ou "Soutenez-vous le rétablissement de la Constitution de la Crimée de 1992 ?". 135 observateurs étrangers issus de 23 pays et 1 240 observateurs ukrainiens étaient déployés pour assurer le bon déroulement du scrutin. La participation serait d'au moins 80 %. » A 87% les électeurs ont voté pour le rattachement. Certes ce scrutin a été organisé dans l’urgence etc… mais cela ne remet pas complètement en cause sa validité. Rappelant qu’aux législatives en France la participation est de moins de 50%. *

On veut ensuite rappeler un autre fait plus gênant, pour la France spécifiquement : l’île de Mayotte qui est une des quatre îles de l’archipel des Comores.

En effet, le 22 décembre 1974, la France a organisé aux Comores un référendum pour plébisciter l'indépendance de l'archipel, mais les Mahorais (habitants de Mayotte) ont fait un choix distinct des trois autres îles en votant pour le maintien de leur île au sein de la République française. Un second référendum a été organisé le 8 février 1976 qui a confirmé ce choix. Néanmoins l'Union des Comores revendique toujours Mayotte, tout comme l’Ukraine ne se résoudra jamais formellement à l’abandon de la Crimée.

Toute ressemblance etc. …

Pour autant s’agit-il d’une spécificité française ? Non, absolument pas, sans même parler de l’aberration qu’est Gibraltar, il nous faut envisager trois cas de pays soi-disant « vertueux » qui ne manquent pas de voter toute sanction envers la Russie :

  1. L’enclave de Guantanamo. Celle-ci est théoriquement librement louée aux USA par Cuba depuis 1898, date où l’île était un quasi protectorat US. Sauf que les loyers ne sont plus versés depuis la révolution castriste et qu’il n’y a de fait plus aucune discussion entre les deux pays. Et en l’absence de discussion c’est le statut quo qui prévaut, c'est-à-dire la loi du plus fort, c'est-à-dire que les USA se sont appropriés une partie du territoire cubain.
  2. Les enclaves de Ceuta et Melilla. Ces deux confettis représentent de fait un reste de colonisation espagnole sur le continent africain. Le Maroc ne reconnait pas leur statut qui fait obstacle à son intégrité territoriale
  3. Les Malouines en français, Malvinas en espagnol, Falkland islands en anglais sont quelques rochers peuplés de centaines de milliers de moutons au large du sud argentin. Certes, historiquement, on veut bien admettre qu’au contraire des deux cas précédents, elles ne seraient pas plus argentines que britanniques. Cependant, dans les faits l’Argentine les réclame pas seulement pour une question d’honneur, mais aussi parce qu’ils y voient un intérêt stratégique spécial - Elles sont au débouché du détroit de Magellan. Or les britanniques, quand il s’est agi de Hong Kong, ont bien été capables de discuter pour rendre l’île à la Chine. Pourquoi n’y a –t-il pas les mêmes discussions, on veut dire sérieuses, pour les Malouines ?

 

 

 

 

 

* Et pourquoi ce référendum en fait ? Les « pro russes » favorables à l’ancien président Ianoukovitch, ne reconnaissent pas le résultat des élections de fin 2013 qui ont par ailleurs été très serrées, dans un contexte où le russe est très largement la langue majoritaire en Crimée. La réponse du nouveau gouvernement central de Kiev à ces protestations ? Il décrète, le 23 février 2014, l’abolition de la langue russe comme langue officielle alors que jusqu’ici elle avait officiellement le même statut que l’ukrainien. A partir de là les choses vont s’accélérer et les autonomistes sont aidés en cela par des unités militaires russes, cela personne ne peut le contester. D’où le référendum du 16 mars 2014.

Rappelant aussi que la « Flotte de la Mer noire » est russe et basée, presqu’exclusivement à Sébastopol en Crimée. Dès lors qu’il y a divorce marqué entre les deux pays le « grand frère » ne pouvait effectivement pas accepter que sa flotte de guerre « réside » en territoire étranger. Ce serait comme si la flotte basée à Toulon devait stationner à Tanger au Maroc, ou ailleurs …

 

On enfonce un peu plus le clou ? Les « vertueux » possédant des colonies nommément Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Espagne ne reconnaissent pas le droit de la Crimée à l’autodétermination car elle n’était, avant, qu’une province le l’Ukraine. Sauf que, dans le cas du Kosovo, comme l’ a rappelé le ministre russe Sergei Lavrov, il avait été dit explicitement « qu'une déclaration unilatérale d'indépendance d'une partie d'un État ne violait aucune norme du droit international ».

 

 

©Serge Darré

Mis à jour le 23 juillet 2015