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20 mai 2022

Le scandale de la (non) politique du logement

Le scandale de la (non) politique du logement

 

Le logement est une préoccupation importante de la plupart des français, tout du moins les générations 25- 45 ans.

 

On le sait, on glose souvent là-dessus et on annonce des mesures mais celles-ci sont de très peu d’effet : on estime en effet qu’il faudrait construire 500 000 logements par an. Or le chiffre effectivement produit oscille selon les années entre 300 et 400 000, d’où un déficit cumulatif de 100 à 150 000 logements par an. Il manquerait à ce jour (début 2012) plus de 1,5 million de logements pour arriver à une situation acceptable (Cf. Allemagne)

 

On ne construit pas assez donc. Mais ce n’est pas tout, la demande ne croît pas seulement du fait de l’excédent naturel mais aussi à cause :

  • de l’éclatement des familles
  • d’une pression migratoire de plus en plus marquée
  • d’une concentration de la demande vers des quartiers/territoires jugés les plus attractifs

 

La génération 25- 45 ans (un peu moins les plus âgés) prend donc de plein fouet les hausses de prix, surtout – et c’est ce qui nous occupe principalement – dans les grands centres urbains. A Paris et proche banlieue, par exemple, sauf à avoir une très bonne situation, l’acquisition est de fait réservée à ceux qui ont déjà un bien en apport. Les autres doivent passer par la case studios et petits deux-pièces pour espérer se loger un jour confortablement.

 

Par ailleurs, et on s’excuse encore pour la tarte à la crème, mais il faut bien poser à très grande mailles le constat, ceux qui n’ont même pas accès au crédit souffrent pour leur part des exigences des propriétaires qui agissent comme un filtre déportant les moins bons dossiers vers des habitations qui confinent souvent à l’insalubre.

 

Se pose également la question de l’hébergement des étudiants et on n’oublie pas l’insuffisance aussi de capacités d’accueil dans les maisons de retraite, et on en a à peu près fini sur le constat.

 

On en aura tout à fait fini, d’ailleurs, en rappelant ces chiffre de l’INSEE : « Les dépenses de logement représentent une charge lourde par rapport à leurs revenus pour certains ménages : le taux d’effort dépasse 30 % pour un ménage sur cinq, et 40 % pour 8 % des ménages.

Les taux d’effort supérieurs à 40 % sont plus fréquents parmi les locataires du secteur privé (19 %) et les accédants à la propriété (13 %), tandis que seuls 6 % des locataires du secteur social sont concernés. Les ménages les plus modestes sont plus souvent touchés : parmi les ménages ayant un taux d’effort supérieur à 40 %, six sur dix sont des ménages modestes. »

 

Dit autrement, selon l’Observatoire des Inégalités : « Les quinze dernières années ont été marquées par une hausse des prix de l’immobilier largement déconnectée de l’évolution des revenus des ménages.

« Une analyse du Crédoc.

 

Entre 1996 et 2011, les prix des logements anciens ont été multipliés par 2,5 et les loyers par 1,6, tandis que le revenu était multiplié par 1,5. Les travaux menés par le CRÉDOC montrent qu’au-delà des vacances, des loisirs et de la culture, les dépenses de logement empiètent sur des postes moins attendus comme le transport, l’équipement du foyer ou même l’alimentation et la santé. Les familles avec enfants, notamment les familles nombreuses et monoparentales, sont particulièrement touchées : leur « surface de vie » stagne ou diminue alors que celle des ménages sans enfant augmente. »

 

On a dès lors envie de penser que les politiciens rêvent de se saisir du problème et de montrer de quoi ils sont capables ? Oui, mais seulement au moment des élections. Le reste du temps Droite et Gauche se contentent de développer « leur » solution sans chercher à analyser si elle a tant soit peu d’efficacité.

 

 

A ma droite, culotte bleue à parements vous avez donc … la Droite.

Ce qui a été mis en place de ce coté :

 

L’essentiel des mesures prises par la Droite consiste en cadeaux fiscaux à des gens qui sont déjà propriétaires et qui cherchent à réduire leurs impôts. Il s’agit de dispositifs (Besson, Périssol, de Robien, Scellier …) surtout destinés à choyer cet électorat. Pour défendre les différents dispositifs on dira toutefois qu’ils ont mobilisé une partie de l’épargne des ménages vers la construction de logements neufs, essentiellement dans des quartiers périphériques. Cela est vrai aussi mais le coût pour les finances publiques est très sérieux.

 

 

Ces dispositifs ayant, d’ailleurs, été de plus en plus perçus pour ce qu’ils sont réellement aux yeux d’autres électorats, spécialement plus jeunes, l’autre méthode qui a été mise en place à partir de 1995, puis complétée par la suite, sans que l’on puisse rentrer dans le détail, est celle dite PTZ (prêt à taux zéro). Ce prêt peut s’analyser comme une avance remboursable sur l’apport personnel – il doit être remboursé sans porter intérêt. Son coût fiscal n’est pas nul, mais, outre ce point, le principal reproche que nous lui ferons, à l’instar de ce que l’on verra pour l’attribution des logements sociaux, est de viser une clientèle très spécifique : revenus plutôt modestes mais pas assez pour ne pas avoir accès au crédit et pas assez « pauvres » pour avoir droit aux logements sociaux. Comme ci-dessus, l’efficacité n’est donc pas nulle mais il ne s’agit en aucun cas de mesures universelles ayant principalement pour objectif de lutter contre la crise du logement.

 

 

Il fallait donc se tourner vers autre chose. Nicolas Sarkozy a alors eu l’idée, introduite là aussi dans plusieurs Lois de Finances, comme un leitmotiv ; il s’agit de l’extension des droits à construction. Cette mesure connue comme la « loi des 30% » permet, sans demande de nouveau permis de construire et sans autre formalité, d’augmenter la surface de sa maison de 30% ou plus. Certes, s’agissant de pavillons de banlieue, cette disposition n’a aucun effet sur l’offre de logements, elle permet seulement à quelques uns de vivre plus confortablement. Cependant, on l’a peu dit et il n’y a encore pas eu d’application, mais ces lois permettraient aussi de construire plus dans l’habitat collectif, par exemple en ajoutant des étages. Et là, d’un point de vue conceptuel au moins, c’est intéressant car on est déjà dans l’idée de « construire la ville sur la ville », c'est-à-dire construire plus là où il n’y a plus de terrains à bâtir mais où le demande est aussi la plus forte.

Ce type de mesure est donc tout sauf suffisant mais, dans certains cas, couplé avec d’autres, il peut aller dans le bon sens. Ce qu’il faut signaler aussi, à ce propos, c’est que les maires, spécialement dans les communes dotées d’un PLU (Plan Local d’Urbanisme) ont la possibilité d’adapter leur PLU avec le nouveau dispositif ou non et on n’a pas besoin d’être un très bon pronostiqueur pour se douter que l’écrasant majorité ne « fera pas l’effort ». Là encore, on introduit un élément sur lequel on reviendra par la suite : on peut toujours avoir des bonnes idées pour le logement, tout reste, en France, soumis à l’approbation de l’exécutif municipal.

 

 

Rappelons enfin une promesse reprise par les deux candidats à la Présidentielle : celle de céder des bâtiments publics tels que casernes, bureaux sans usage … pour faire du logement. Ce dispositif peut certes être utile dans certains contextes mais, là encore, on est très loin d’adresser l’ensemble de la problématique.

 

On se doit de rappeler aussi que, en fin de mandature du gouvernement Fillon, la politique du logement était sérieusement revue. On s’était rendu compte, en effet, que les dispositifs type PTZ avaient aussi pour effet de faire monter les prix et que les Scellier et autres coûtaient cher, dans un contexte général de réduction des niches fiscal aussi. D’où la fin annoncée de celui-ci fin 2012. Mais par quoi ces mécanismes allaient-il être remplacés ? On ne le sait pas.

 

 

 

A ma gauche, culotte rouge et maillot violet à rayures vertes vous avez donc … la  Gauche.

Ce qui a été mis en place de ce coté :

 

 

Pour la Gauche, très schématiquement, il n’y a pas de problème du logement. Le seul problème qui subsiste est celui des logements sociaux : il faut augmenter le nombre de LS et leur proportion dans le total (obligation, par exemple, de tendre vers ou arriver à une proportion de 20%). En effet, la gauche est à l’aise pour défendre les salaires (on l’espère du moins) mais les questions de pouvoir d’achat, mettant en œuvre des prix et des décisions d’investir, là … ils n’ont plus le logiciel, comme on dit.

 

Il va donc s’agir de la mesure phare mise en œuvre ou renforcée chaque fois qu’elle revient au pouvoir. Le problème, comme nous l’avions souligné dans « Les ressorts de la Vie économique au début du XXIe siècle » (consultable sur ebookpupl), c’est que certaines catégories de salariés ont certes un « droit naturel » à vivre non loin de leur lieu de travail même quand l’immobilier y est très cher – même à Neuilly s/Seine il faut des infirmiers et des pompiers qui n’ont pas à avoir deux heures de transport. Mais la question qui se pose aussi tout de suite est : selon quels critères seront-ils attribués et comment éviter les excès ? Comment éviter, en fait, que les plus pauvres ne continuent à être exclus même de ce dispositif. Nous citons notre ouvrage : « En ce qui concerne les logements sociaux, parfaitement  justifiables si l’on dit que l’éboueur, le policier, l’aide-soignant ne doit pas effectuer en plus de son travail difficile et de ses horaires contraignants, un trajet trop important ; ils posent cependant aussi un problème de justice sociale, par exemple en région parisienne, est-il logique que certains locataires paient un tiers du prix du marché quand d’autres seraient contents de payer le prix complet pour le même bien ? D’autre part, d’autres salariés ont des horaires très contraignants aussi comme ceux qui travaillent dans la grande distribution, les sociétés de nettoyage et de gardiennage, ils sont moins bien traités dans l’attribution des logements sociaux car appartenant généralement à des PME ; Les logements sociaux devraient être encadrés de plusieurs points de vue pour assurer l’équité. »

 

Les services publics et entreprises publiques telles SNCF, RATP et EDF savent en effet, au moyen de financements partiels des programmes en général, obtenir des places pour leurs salariés, ce qui n’est pas du tout le cas des PME. Les municipalités, pour leur part, utilisent leurs quotas de fait pour attirer ou maintenir les profils de population qu’elles recherchent, exemples : petits commerçants et artisans, employés municipaux, assistantes maternelles… Les organismes HLM, enfin, ont leurs propres critères généralement lés à la solvabilité des ménages. S’y ajoute, enfin, la question lancinante des attributions pour motifs politiques ou clientélistes, voire copinage.

 

Cette question a d’ailleurs des échos dans de nombreuses publications officielles. Ainsi on relève dans une étude de l’INSEE – Direction Régionale de Lorraine, que les bénéficiaires de l’aide publique au logement versée par les CAF, spécialement l’AL et l’Aide Personnalisée au Logement, sont à plus de 50% locataires dans le privé. Donc, pour tous ces gens, les HLM ce n’est « pas pour eux ». CQFD

On ne sait pas non plus, à vrai dire si en construisant plus d’HLM, ils seront plus nombreux à en bénéficier. On ne sache pas qu’il y ait d’étude sur le sujet. Mais on ne suppose pas non plus que les critères d’attribution vont changer et dès lors la proportion indiquée ci-dessus ne devrait décroitre qu’à la marge.

 

 

La construction de logements sociaux, louable au départ dans la mesure où elle favorise, certes, de la mixité sociale, est surtout bénéfique pour les moyennement pauvres/ moyennement riches : agents de l’administration et de certaines entreprises en début de carrière.

 

D’autre part, outre la question des règles d’attribution de ces logements, se pose, juste derrière, surtout dans les grandes agglomérations encore une fois, celle de la très faible rotation des occupants, pour ne pas parler de la vieille dame qui continue à occuper un logement de 5 pièces.

 

Là aussi, on trouve sur le site d’un établissement public des constats très intéressants : source : http://www.drihl.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/construire-pour-loger-tous-les-a1271.html

 

On cite :

   « Des logements qui ne répondent pas aux besoins

A toute ces raisons quantitatives s’ajoutent des manques qualitatifs : l’offre est peu adaptée aux besoins des habitants.

On manque cruellement de grands logements. Autre élément à prendre en compte, le vieillissement de la population, notamment dans le parc social, qui n’incite pas à la mobilité.

 

Plus personne ne bouge

Ces phénomènes cumulés provoquent une sorte "d’immobilisme" des ménages que même les efforts en matière de construction ne parviennent pas à inverser. En effet, on considère que la construction d’un logement familial suscite deux ou trois déménagements : une famille quitte son logement HLM pour un appartement plus grand, laissant place alors à un jeune couple venant du parc locatif privé, qui libère un studio.

 

Tel est le parcours résidentiel idéal, mais il devient de moins en moins fréquent, car il ne fonctionne que si les logements construits sont de taille suffisante et à un prix accessible.

 

Aujourd’hui, la variable d’ajustement, celle qui permet notamment l’arrivée des jeunes, c’est le parc privé locatif. Avec l’inflation des loyers que génère le rapport entre offre et demande. Paris, comme nombre de capitales européennes, connaît un fort développement de la colocation : on estime à 30 000 le nombre de jeunes concernés aujourd’hui contre 18500 en 1990.

 

Ce "blocage" du parc, social comme privé pourrait, à terme peser sur le dynamisme économique de la région. D’ores et déjà, des institutions comme l’AP-HP sont à la peine : "notre gros souci consiste à trouver des programmes à Paris ou en petite couronne réellement accessibles à nos infirmières seules avec des enfants". D’où l’objectif de construction de 70 000 logements supplémentaires par an fixé par la loi Grand Paris. »

 

De fait, pourquoi est-ce que Plus personne ne bouge ? Parce que l’écart est tellement grandissant avec le secteur libre qu’un bon nombre d’occupants aura intérêt à rester dans les lieux le plus longtemps possible et à construire leur résidence secondaire à la campagne. Il n’y a que les élus socialistes qui ne savent pas cela. Les économistes parlent ici d’une rente de situation.

 

 

On en a fini pour les critiques ? Et bien non, sur le même site public on peut lire aussi ;

« Trop rare donc trop cher

Pourtant, le parc social a fortement augmenté en volume, mais cet accroissement n’a fait que compenser la disparition des petits logements insalubres. Ce parc social, de fait, a disparu. Même si la production de logements sociaux a connu un record historique en 2010 et a triplé depuis 2002, l’Ile de France construit moins, tous types de logements confondus, que les autres régions.

 

L’accroissement du parc HLM ne fait que compenser la disparition du parc « social de fait » »

 

 

Mais la gauche a d’autres atouts dans sa manche, qui ne sont possibles, là aussi, que si on veut bien ne pas s’intéresser aux mécanismes des prix. L’autre mesure phare préconisée en ce début 2012 est le blocage des loyers. Et on nous explique que ceux-ci ont vraiment trop augmenté (ce qui est vrai) et qu’il faut y mettre fin.

 

Le problème, en l’espèce, c’est que l’on devrait savoir depuis un certain temps que l’économie administrée cela ne fonctionne pas, ou très mal, ou seulement dans certaines conditions (Cf. « Socialisme et Économie de la pénurie » de János Kornaï, éditions Économica). Le risque bien réel ici, que l’on a constaté à chaque fois que cette mesure a été relancée, est qu’un certain nombre de logements disparaissent à la location.

 

 

On ne sait pas, en effet, donner une évaluation de cette disparition : 20 000 , 300 000, + ? En combien de temps ? Ce que l’on sait, en revanche, c’est que ce n’est vraiment pas le moment compte tenu de la situation. On a besoin d’avoir plus et non pas moins de biens en location.

A cet égard, deux exemples sont particulièrement éclairants :

> En Espagne il n’y a presque pas de parc locatif et l’immobilier à l’acquisition avait énormément augmenté dans la période 1995-2005 (de 11,5% par an en moyenne), avec les conséquences que l’on sait d’ailleurs

> Tandis qu’en Allemagne, le parc locatif est très conséquent et, c’est à peine croyable, il n’y avait pas eu de hausse des prix immobiliers au cours de la même période

 

Il est donc acquis pour tous ceux qui ont étudié un peu le problème, que plus le nombre de logements disponible à la location est élevé en proportion, plus il y un effet de modération sur les prix à la vente (tout simplement parce que les gens ont d’avantage le choix entre acheter tout de suite ou attendre en restant locataire). L’Allemagne est le meilleur exemple mais il n’est pas le seul. En Espagne, d’autre part, les loyers sont bloqués selon un mécanisme assimilable, en France, aux « loyers de 48 » ; c’est ainsi que l’offre locative nouvelle a quasi complètement disparue.

Le blocage des loyers, au final, relève plus de l’incantation que d’une quelconque volonté d’agir.

 

 

On n’entrera pas plus loin dans le détail des méthodes préconisées par la gauche. Ce qu’il faut savoir, à ce stade, c’est que l’empilage des mesures mises en place lors des alternances, représente un coût très significatif pour les finances publiques.

 

 

Selon le site : http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2009 ; le coût pour les finances publiques de certaines aides au logement est comme suit :

 

Tableau 1 – Aides effectives au logement en 2006

 

Aides à la personne         14,7 milliards d’euros

Aides à la pierre (y compris aides de circuit

avec avantages de taux)               5,1 milliards d’euros

Avantages fiscaux           9,1 milliards d’euros

 

 

Soit un effort de 28,9 milliards d’euros annuel tout de même, ou presque 30 milliards, le tout n’étant pas exhaustif. On ne peut donc pas dire que rien n’est fait, mais on peut affirmer aussi que les résultats obtenus sont très médiocres – mauvaise utilisation des fonds publics. Aider des gens à payer leur loyer, par exemple, paraît, sauf dans une optique de court-terme, particulièrement idiot, car cela n’a aucun effet sur la quantité de logements offerts à la location et l’effort consenti, en vertu de l’effet d’aubaine, disparaît en grande partie dans des hausses de loyers désormais beaucoup plus faciles pour les propriétaires. Comment de tels dispositifs peuvent-ils devenir pérennes ? Essentiellement parce que personne ne sait comment en sortir.

 

 

Le principal problème rencontré ici est qu’il n’y a pas d’articulation entre les politiques publiques, largement financées au niveau national et, dans une moindre mesure, par les collectivités territoriales, et le niveau local. Soyons encore plus explicite au risque du simplisme :

  • à l’État et ses structures décentralisées la très grande masse de l’effort financier
  • et aux communes ou intercommunalités l’attribution des permis de construire

 

Et rien n’indique, a priori, que des logiques contradictoires vont se réconcilier par l’opération su Saint-Esprit même si les bonnes volontés, souvent, ne manquent pas et même s’il y a de nombreux colloques, séminaires, réunions sur le sujet.

Ce n’est pas dire non plus que les maires ne font rien : ils participent à l’effort quand ils négocient les trajets des bus ou consacrent des fonds à la voirie, ou à la construction de crèches et d’écoles. Mais cela n’a rien à voire avec notre sujet central : augmenter l’offre globale de logements. Ce pouvoir exorbitant qui a été laissé aux maires s’explique aussi par le fait que, parmi les hommes politiques, ils sont de loin les plus populaires, voire les seuls jugés légitimes.

 

On ne remet pas, donc en cause les bonnes volontés mais il va tout de même être intéressant d’établir une typologie de leurs politiques en matière d’urbanisme puisqu’ils ont des pouvoirs limités par la loi mais en réalité très étendus tout de même.

 

Schématiquement, pour reprendre, pas trop longtemps, notre opposition Droite/Gauche, à quoi peut-on s’attendre ?

  • les municipalités de Droite auront tendance à limiter l’afflux de nouveaux arrivants pour assurer à leurs administrés une certaine tranquillité et un patrimoine qui continue à se valoriser du fait même de sa rareté artificielle ;
  • tandis que les municipalités de Gauche auront tendance à limiter l’arrivée de ménages plus aisés et à maintenir des zones de pauvreté, gages, en principe, de réélection à la prochaine échéance.

 

Dans ces conditions, certes, les populations municipales ne sont pas près d’augmenter ou seulement à doses très faibles. Et c’est effectivement ce que l’on constate le plus souvent. Ces « réflexes naturels de survie » sont donc à l’œuvre, l’autre règle de base étant d’en faire le moins possible pour ne pas déplaire, surtout que les acquisitions foncières coûtent cher et qu’il faut dépenser pas mal avant d’en récolter les fruits spécialement sous forme de taxes foncières plus élevées.

 

A y regarder de plus près, toutefois, le conservatisme ne concerne pas plus les élus d’un camp que de l’autre. C’est pourquoi on propose une autre distinction : maires bâtisseurs et maires conservateurs. (On s’intéresse toujours essentiellement aux grandes villes et périphéries immédiates où le foncier est rare ou quasi inexistant)

 

A l’occasion d’un autre travail on a en effet eu l’occasion de constater que, même en l’absence de foncier, certains maires font beaucoup mieux que d’autres. On avait ainsi établi le palmarès des villes de plus de 20 000 habitants ayant connu la plus forte hausse de leur population entre 1990 et le dernier chiffre connu *. Le classement est le suivant :

 

    Ville          Population 1990 Densité h/km2 revenu par ménage €/an Dernière pop connue Variat° der/90

ISSY-LES-MOULINEAUX (92 - HdeS)         46 126  12 386  23 323  62 316  1,351

LE KREMLIN-BICETRE (94 - VdeM)            19 266  15 395  17 550  25 739  1,336

CHARENTON-LE-PONT (94 - VdeM)          21 876  14 365  24 380  28 395  1,298

NOGENT-SUR-MARNE (94 - VdeM)          25 253  28 194  27 865  30 632  1,213

CHATILLON (92 - HdeS) 26 404  11 167  24 945 32 609  1,235

MONTROUGE (92 - HdeS)            38 115  22 464  23 729 46 500  1,220

VILLIERS-SUR-MARNE (94 - VdeM)           22 745  6 149     17 621  28 158  1,238

GUYANCOURT (78 - Yvelines)      18 312  2 171     ?             28 219  1,541

PONTAULT-COMBAULT (77 - S&M)          26 809  2 416     18 981  35 013  1,306

VILLEPARISIS (77 - S&M)               18 792  2 569     16 715  23 302  1,240

SAINT-LAURENT-DU-VAR (06 – Alp-M)    24 427  2 687     16 743  30 290  1,240

Élancourt (78 - Yvelines)               22 586  2 817     ?             27 577  1,221

 

 

Ce classement est spécialement intéressant, pourquoi ? Parce qu’y figurent, très bien placées, des villes ayant une densité de population supérieure à 5000 habitants/km2 là où, en principe « il n’y a plus de foncier disponible ».  Cela montre donc que, pour nos maires bâtisseurs, rien n’est impossible. On signale aussi que les 6 premières sont limitrophes de Paris 75 (sauf Chatillon mais quasi).

 

Il va alors être intéressant de comparer des communes une à une. Meudon, population stationnaire, par exemple, est limitrophe de notre super-champion : Issy-les-Moulineaux. On a ici l’exemple du maire cherchant à ne surtout pas construire pour que sa population de « pavillonnaires » reste bien tranquille. Les deux, en l’occurrence appartiennent à la même famille politique (Nouveau Centre pour l’un et l’autre).

Un autre exemple que l’on étudie est celui d’Ivry s/Seine dont la population est en très faible augmentation sur la période. Cette ville est située très exactement entre nos numéros 2 et 3 (le « KB » et Charenton). Ici on est face au maire communiste de l’ex ceinture rouge pas pressé du tout que les « bobos » traversent le périphérique pour venir habiter chez lui (même si la situation a évolué très récemment). Les deux autres maires sont respectivement chevènementiste (MRC) et UMP.

 

L’enseignement majeur que l’on tire de ces comparaisons est donc que les municipalités peuvent être en première ligne dans l’augmentation du parc de logements. Et il ne manque pas grand-chose pour affirmer qu’elles ne peuvent pas seulement mais qu’elles doivent être aux avant-postes.

 

 

On va donc proposer, conformément aux « Ressorts », partie « Investissement immobilier : Propositions pour un rôle nouveau pour les municipalités », d’aller vers un projet de loi qui aille bien au-delà de la loi SRU et qui soit très contraignant pour les municipalités. Ces dispositions s’appuient sur l’hypothèse, en général vérifiée, que les acteurs économiques sont sensibles aux prix et que, si l’on construit de plus en plus là où il y a de l’emploi/ donc de la demande, les prix vont bien finir pas baisser. On suppose en outre qu’ils sont également concernés par la qualité de ce qui est proposé, ils ont le discernement pour confronter le bien désiré à ce qui est réellement disponible.

 

 

On précise, avant de détailler un peu, qu’un effort très conséquent de formation et de facilitation est à mettre en place en même temps car on veut bien admettre qu’à l’heure actuelle beaucoup de municipalités ne font pas plus tout simplement parce qu’elles n’ont pas conscience des instruments dont elles disposent en réalité et ne croient pas être capables de mener à bien ce type d’opérations,  forcément très longues. La typologie de comportement moyen des municipalités c’est plutôt : conservateur mais ouvert à des propositions à la marge. Ces moyens nouveaux seront à financer par redéploiement des crédits cités plus haut et par les amendes payées par les mauvais élèves.

 

 

A qui cela sera-t-il imposé ? La nouvelle politique ne s’applique que dans les cantons (oui, les subdivisions des départements que Nicolas Sarkozy voulait supprimer). Sur la base d’une densité moyenne de 112 habitants/km2 en France métropolitaine, la loi ne s’appliquerait que si le canton a une densité de 280 h/Km2. Encore peut-on alléger cette obligation pour tenir compte de zones où campagnes et villes sont entrelacées comme dans le département du Nord. Si le canton est limitrophe d’au moins deux autres ayant moins de 180 h/Km2, pas d’obligation non plus. La frontière n’est d’ailleurs pas liée au département ni à la région, ainsi certains cantons aux limites de la Seine-et-Marne, de l’Essonne ou des Yvelines devraient y échapper.

 

Tous les autres continuent donc « comme avant ». Cependant, pour ces zones périurbaines où la campagne côtoie une agglomération importante, prévoir une autre loi aménageant des dispenses à la Loi Foncière agricole. En effet, il y a de moins en moins de paysans surtout parce que, outre la concurrence internationale, les rendements à l’hectare ont très fortement augmenté. Donc à quoi cela sert-il de réserver des terres à l’agriculture alors que l’on en a besoin aussi pour construire des logements ? Exemple : pour reprendre notre exemple de la frontière entre deux régions, on pense à la superficie comprise entre/entourant les agglomérations d’Avignon et Nîmes respectivement dans le Vaucluse et le Gard. On a là des zones fortement agricoles mais en même temps périurbaines. L’assouplissement de la Loi Foncière agricole, devrait, en l’espèce, s’accompagner d’une obligation de densification. Laisser vendre des terres si :

  • elles sont à vendre
  • à des promoteurs proposant des structures mixtes : habitat collectif et individuel

Exemple : sur un terrain de 2 hectares, deux petits immeubles de 4 étages et des maisonnettes avec jardinets.

 

 

Qu’imposera-t-on ? On va imposer, dans ces cantons, de mettre en œuvre une politique ayant pour effet d’augmenter l’offre de logements. Cependant, on a vu qu’il faut des moyens supplémentaires. Mais on n’oublie pas non plus d’autres aspects. Les deux autres points à traiter obligatoirement en même temps étant :

  • l’emploi, on ne veut pas aller vers des cités dortoirs seulement ;
  • et la qualité du cadre de vie, en rappelant que le RU de SRU veut dire « Renouvellement Urbain »

(On n’a pas le loisir ici d’expliciter cette loi, ni celle dite du « Grenelle de l’Environnement » que l’on considère comme des piliers à conserver pour l’essentiel, Cf. Wikipedia pour plus d’information)

 

C’est pourquoi, rappelant notre ouvrage, la mesure la plus importante est d’imposer (même pour ceux qui n’augmenteront pas le parc, Cf. plus loin) un renouvellement exhaustif de la ville tous les quarante ans. On cite : « Le principe est de renouveler l’ensemble des constructions d’une commune à forte densité tous les quarante ans et cela sans aucune exception au final. La proposition de loi reprend l’esprit des lois existantes, par exemple sur l’obligation d’un PLU (Plan Local d’Urbanisme) mais le systématise (pas d’exceptions : logements privatifs, bâtiments publics, entreprises, espaces verts …) et accélère les choses. Un Plan détaillé à huit ans obligatoire décrit les zones cadastrales qui seront renouvelées telle année, par exemple les No 1 à 11 de telle rue et les numéros 32 à 40 de telle autre et l’impasse des Rosiers dans son ensemble, plus le gymnase Léo Lagrange. … la ville étant ainsi découpée en ‘quarantièmes’ homogènes. »

 

Un renouvellement pouvant toujours, selon les cas consister en au minimum un ravalement et mise aux normes environnementales (Grenelle de l’Environnement), une amélioration du confort et de la sécurité, une démolition, ou une reconstruction. Les équipes municipales ont, en tout état de cause, cette obligation de remettre à jour en permanence ce plan à huit ans jusqu’à complétude des 40 années.

 

 

Comment mesure-t-on  l’atteinte des objectifs ? Tout le monde, selon les contextes, ne peut pas espérer faire aussi bien qu’Issy, mais aussi bien que Nogent, c’est possible. Mais on admet qu’il ne faille même pas faire aussi bien que cela. On se contentera d’une augmentation de 0,625% annuel, mesuré sur 4 années glissantes, donc en supposant des taux additionnels, 2,5% en 4 ans. Cet objectif est d’ailleurs plus réaliste que vraiment ambitieux, car c’est l’augmentation constatée de la population de la région Île-de-France. Au moins stabilisera-t-on les prix.

 

Le nombre de logements est mesuré par le nombre de chambres de l’habitation. Par exemple un logement de 3 pièces vaut deux chambres. Une résidence étudiante, ou Adoma ou un hôtel vaut, évidemment un pour chaque lit. Idem pour les résidences pour personnes âgées et EH Pads. (Des coefficients différents seraient possibles, à affiner éventuellement).

 

Pour faire le lien avec ce qui a été vu plus haut, on inclue les possibilités d’emplois salariés créés : 6 m2 de bureau et 9m2 d’usine ou atelier valent également une chambre. Idem pour les places créées dans des établissements scolaires ; de la crèche jusqu’aux BTS, idem pour les créations d’espaces verts et les nouvelles installations sportives, selon des coefficients à définir.

 

 

 

Quelles sont les sanctions ? A voire si ces sanctions s’ajoutent à celles de la loi SRU ou les remplacent. En tout état de cause, les administrés doivent être clairement conscients du type de politique qui est menée dans leur commune, quitte à l’assumer pour les villes qui continueraient à ne rien faire. Ce que l’on propose :

  • si l’objectif n’est pas atteint, un poste explicite sur l’avis d’imposition majore la Taxe Foncière annuelle de 700 € pour un ménage d’une ou deux personnes, et de 1200 € s’il comprend 3 personnes ou plus
  • si l’objectif est atteint, un poste explicite minore la Taxe Foncière annuelle de 300 € dans le premier cas et 450 € dans le second.

Les majorations sont reversées aux fonds consacrés à la nouvelle politique tandis que les minorations restent dans la poche des contribuables.

Il s’agit bien aussi de dépolitiser les élections municipales, plus un tremplin pour une carrière politique nationale mais une véritable confrontation de projets « terrain ».

 

Cas où un canton couvre seulement une partie d’une commune, le « comptage » se fait au niveau de la commune.

 

Quand réduit-on le dispositif ? On propose de réduire (mais non arrêter) les obligations citées plus haut dès lors que, dans le département, on a constaté une baisse des prix de vente dans l’ancien pendant deux années consécutives. Mais l’obligation de « réviser » l’ensemble d’une commune par quarantièmes demeure. Simplement on fera d’avantage de rénovations que de constructions neuves.

 

 

Quelles sont les autres dispositions phares de la loi ?

 

  1. 1.     Aller vers la fin des sociétés HLM

Pourquoi ? Parce qu’on a vu que leur construction ne répond pas au besoin de fond et que c’est une injustice de plus dans notre France des privilèges. En outre c’est une politique qui coûte très cher et on a absolument besoin de ses prêts bonifiés pour faire du logement populaire, mais autrement. Cf. ci-dessous. En outre, aussi absurdes que soient les aides au logement, type APL, on ne pourra les éliminer que très progressivement pour ne pas créer un cataclysme social.

 

Renonce-t-on alors à la mixité sociale ? Non, la loi acte seulement qu’est réputé Logement social, tout bien offert à la location dont la superficie, à fonctionnalités équivalentes, est inférieure de 20% à la moyenne du département. Exemple, si les 3 pièces ont une superficie moyenne de 60 m2, un appartement 3 pièces de 48 m2 est d’office un logement social.

 

La différence est ici : qui a droit aux logements sociaux ? Absolument tout le monde en fonction de ses choix de vie puisqu’il n’y a plus de « dossier de pauvre » à constituer et plus de commissions d’attribution. Chacun est réputé responsable de ses actes (hypothèse de discernement). On n’a pas, non plus, à faire tamponner sa « carte de pauvre » pour prouver que l’on a toujours droit à son logement, puisque cela n’intéresse plus personne. Le décompte des LS n’intervient plus qu’à des fins comptables : pour vérifier que l’on est en conformité avec la loi SRU. Ainsi, des maires, sachant que les seules réalisations à venir sont des résidences de standing, obligeront les promoteurs à réserver un certain nombre d’appartements pour entrer dans cette catégorie. Mais on n’innove pas spécialement en cela, des mairies de plus de 10 000 habitants un peu organisées savent déjà le faire.

Comment s’assurer d’autre part que ces biens seront effectivement loués ? Ce pourrait être une reconversion des sociétés d’HLM et autres bailleurs sociaux. Ils continueront à participer à des programmes et à se porter acquéreurs, mais pour des locations faites dans des conditions « normales » et aux prix du marché. Les mairies ou les promoteurs privés pourraient aussi remplir ce rôle en s’engageant à louer pendant 12 ans, par exemple.

 

 

2. Les Groupements de citoyens (GC)

Autre disposition fondamentale visant à répondre à 3 objectifs :

  • Avec le boom de la construction à attendre il n’y aura tout simplement pas assez de promoteurs privés pour mener à bien tous les programmes
  • On pousse jusqu’au bout la logique de la décentralisation, soit le niveau infra-communal
  • Ces GC, enfin, vont permettre de répondre à la question : que faire des ensembles HLM existants ?

 

Définition : 2 citoyens ou plus peuvent se constituer en association Loi 1901 ayant pour but spécifique de proposer un aménagement, à leur profit, mais aussi éventuellement de manière plus large, du Plan Détaillé à 8 ans. Ils sont aidés si le projet va plus loin (Cf. ci-dessous) Le projet peut être rejeté sans appel par le maire s’il est trop vague, ou en conflit avec un autre. En revanche, s’il est refusé pour une autre raison, le GC peut demander l’arbitrage du Conseil Général. Ici, on espère qu’une dialectique s’instaure, ce dernier pouvant approuver la décision de la mairie mais ayant aussi, dans un certain nombre de cas, la possibilité de forcer sa réalisation.

 

Composition des GC : Pour éviter des promoteurs « déguisés en citoyens », ils doivent comporter une certaine proportion d’habitants de la commune, et même du quartier dans les villes de plus de 10 000 habitants. Les projets eux-mêmes doivent d’ailleurs montrer une connaissance du terrain et des améliorations attendues pour le quartier. Prévoir aussi qu’une même personne ne puisse s’impliquer dans plusieurs projets à intervalles trop rapprochés.

 

Quels sont les types de projet proposés ? Parlant de démocratie et décentralisation on voudrait que « 100 écoles rivalisent » (Mao Ze Dong). Cependant on a en tête certains types de réalisations : remplacer une ou des maisons mal construites et dont l’esthétique choque le voisinage par un petit immeuble « BBC » ; ajouter un étage à un immeuble existant, reconstruire à partir d’une friche industrielle, « privatiser » un HLM, autres à imaginer …

Dans le cas HLM, d’ailleurs, pour que ces biens ne disparaissent pas complètement de notre « comptabilité SRU », on prévoit que les nouveaux propriétaires restent « quasi locataires » pendant 6 ans après les travaux, ils ne pourraient aliéner leur bien que passé ce délai.

 

On voit aussi avec ces exemples que les projets doivent être rentables. Au final ce seront ses initiateurs qui paieront. Mais l’association ne dure que jusqu’à la fin des travaux, au-delà ils peuvent aussi faire des profits à titre individuel.

 

Aides apportées aux GC : Ils ont les mêmes droits que les organismes HLM en matière de prêts bonifiés. Les projets validés font en outre l’objet d’une gratuité complète en matière d’études, jusqu’au travail de l’architecte. En outre, ils bénéficient d’aides à l’acquisition foncière pouvant aller jusqu’à 25% dans le cas où il faut acquérir une friche ou démolir pour reconstruire (indemnités d’expropriation et de relogement).

 

 

3. Protection des permis de construire dès lors que figurant au plan à 8 ans

Trop de projets d’améliorations capotent, à l’heure actuelle, parce que des riverains ou autres parviennent à s’opposer. Il s’agit d’introduire ici des dispositions les protégeant au nom de l’intérêt collectif supérieur.

 

 

 

Quelles sont les nouveaux moyens mis à la disposition des municipalités et des GC ?

On a commencé à aborder ce point. Il est évident que ce type de politiques coûte cher et qu’il faut, comme l’on dit un « volonté politique ». Rappelons seulement ici que, pour la tranche d’âge 25-45 ans, au cours des 20 dernières années, ils ont connu des hausses de salaire très mesurées, des impôts au même niveau, mais qu’il se sont, globalement, appauvri par rapport aux générations précédentes du fait de l’augmentation des prix de l’immobilier et des transports.

 

Cependant, cette politique devrait aussi être assez facilement finançable :

  • D’une part la plupart des départements ne sont pas concernés : le nombre d’agglomérations en cause n’est pas si important : essentiellement, sauf à la marge : Paris, Lyon, Marseille, Lille, la Côte d’Azur, Toulouse, Bordeaux, Grenoble.
  • D’autre part le redéploiement des crédits existants (pour une vingtaine de milliards) et les amendes ne seraient pas la seule ressource ; s’y ajoute d’avantage de droits de mutations puisque le marché immobilier repart franchement. En outre, toutes les constructions neuves (ou réhabilitées) rapportent plus de Taxe Foncière que les anciennes
  • Possibilité, enfin, l’essentiel des crédits étant logés aux niveaux départemental et régional, de moduler l’effort consenti, donc gérer des priorités

 

Il y a donc largement de quoi, avec toutefois un problème de décalage, il faut investir avant de toucher les dividendes. Pour faire face à ce décalage entre dépenses et recettes les régions concernées auraient le choix entre deux modes de transition :

  • Passer tout de suite dans les nouvelles modalités, les amendes ne s’appliquant qu’au bout de 5 ans au début
  • Ou y aller par tranches, les amendes s’appliquant au bout de 4 ans pour tout le monde ce qui du coup « booste » le dispositif

Pour la seconde alternative, en Île-de-France, on pourrait commencer, par exemple, par Paris et les Hauts-de-Seine qui sont les plus riches puis Yvelines et Essonne l’année suivante etc..

 

En tout état de cause il faudra faire jouer le amendes à un certain moment, parce qu’on a besoin d’argent et à titre pédagogique.

 

Les principaux moyens nouveaux sont :

 

  1. Obligation pour les maires d’acquérir des compétences en urbanisme à titre personnel On avait pensé à une licence d’aménagement urbain qui pourrait être passée par correspondance. En outre toute liste qui se présente aux élections municipales doit déposer, sous forme lisible, son actualisation du plan à 8 ans. En revanche, il est tout aussi nécessaire de rémunérer d’avantage les exécutifs municipaux : prévoir un intéressement financier si les objectifs sont atteints.
  2. Constitution, au niveau départemental d’équipes d’urbanistes, architectes, professionnels divers des métiers du bâtiment, énergéticiens, capables de mener, à titre gracieux, toutes sortes d’études pour les mairies, groupements de citoyens et anciens bailleurs sociaux ayant été capables de se reconvertir. Le département, se dote d’ailleurs à la fois de capacités de support, de conseil et de contrôle. Il devient ainsi l’interlocuteur privilégié des municipalités et le garant de l’articulation entre effort national et local
  3. Renforcement très conséquent de organismes existants, tant Établissements Publics d’Aménagement Foncier que Agence Nationale d’Amélioration de l’Habitat qui vont pouvoir, avec les nouveaux moyens juridiques, lancer des opérations sur une toute autre échelle qu’aujourd’hui mais … à condition d’avoir les moyens qui vont bien ! En n’oubliant pas qu’il ne suffit pas de construire la ville sur la ville, ce qui est indispensable, mais qu’il est tout aussi nécessaire de mener toutes sortes d’opérations de « simple réhabilitation » aussi ; en n’oubliant pas non plus les objectifs globaux de réduction de la consommation énergétique des constructions.
  4. On a prévu, enfin, à titre facultatif, mais conseillé, que soit réalisé dans chaque commune un référendum sur les zones cœur, centre historique que l’on souhaite, on non, garder à l’identique, tout du moins pour l’apparence extérieure.

 

 

 

 

 

 

*.ont été retenues des villes qui dépassaient déjà  au moins 18 000 habitants en 1990 avec une densité supérieure à 2000 habitants à ce moment. Le « classement » donne une priorité aux villes ayant une densité supérieure à 600 h/K.

 

 

© Serge Darré 2012

 

Fin document

Mots clés : logement, politique,construire,prix financement,crédit,mairie,foncier,rente,ville


07 mai 2021

Une adresse unique pour tous les réseaux et administrations

Une adresse unique pour tous les réseaux et administrations

 

Le constat

Idée simple : la fraude aux impôts, allocations diverses et variées et chômage « légale » est beaucoup plus importante que la fraude avérée.

Définitions

a. Une fraude avérée consiste à mentir, par ex. déclarer être toujours au chômage alors que l’on a repris un emploi, se faire établir un arrêt maladie de complaisance, etc …

Cette fraude, dans les enquêtes qui sont faites, « ne va pas loin », quand on parle de 100 millions annuels pour les indemnités maladie, pour un pays comme la France, c’est finalement très peu. En 2014 les redressements opérés par la sécurité sociale au titre des fraudes aux prestations ont représenté 424,96 millions d'euros.

b. la fraude légale consiste à mentir par omission : on déclare élever seul ses enfants alors que l’on vit en réalité en concubinage.  Cette fraude, plus difficile à détecter et qui nécessiterait un courage politique certain, pourrait rapporter des milliards dans les caisses des organismes sociaux, voire des impôts.

Fraude n’est d’ailleurs pas le bon mot : on parlera plutôt de débrouille. Pourquoi ? Parce que, tout d’abord, on est dans une zone grise où rien n’est vraiment autorisé ni interdit depuis que les gens ne se marient plus pour la vie comme il y a un demi siècle. Les « techniques » mises au point pour maximiser les prestations sociales relèvent d’un bouche à oreille et sont connues jusqu’à Abidjan. D’autre part, ce sont très souvent les agents des impôts et de la CAF qui donnent la meilleure solution, dans l’optique de ce pour quoi on vient les consulter. S’agissant des services des impôts, par ailleurs, il y a une règle non écrite pour les contrôleurs qui est de « ne pas vérifier les déclarations concernant les enfants ». Donc, promis on n’utilisera plus le mot de fraude et, évidemment, quand des cas de débrouille seront avérés, sauf intention manifeste, il n’y aura pas d’amende ou poursuite concernant le passé. Rappelant aussi que la tombée dans l’assistanat n’a le plus souvent pas non plus été voulue au départ. Souvent, tel s’est retrouvé au RSA quand il/elle a épuisé ses droits au chômage et puis … passé un certain temps, il/elle s’est rendu compte que l’on s’adapte à cette situation et que, d’autre part, le retour à l’emploi peut tout simplement procurer plus d’inconvénients que d’avantages.

Bien voir aussi qu’on ne peut effectivement pas demander à des gens s’ils « couchent ensemble », mais en même temps, si Mr a un travail par exemple, on peut se douter qu’il paie le loyer ou les charges. Mais les gens feront ils des déclarations ad-hoc à chaque contrôle ? Peut-on multiplier les contrôles ? Non plus. En fait, lors du premier contrôle, les gens auraient à faire un état sous serment des relations financières au sein du foyer. Celle-ci, pour autant qu’elle soit crédible, serait publiée et opposable aux autres administrations jusqu’à nouvel ordre. Des modèles sont à établir pour qu’elles soient toujours remplies de la même manière.

On veut aussi, pour conclure sur l’introduction, rappeler que les situations en cause sont souvent proches de la misère sociale. Ainsi, pris individuellement, comment pourrait-on reprocher à deux cohabitants de toucher deux RSA ? (deux fois 500 €). Oui, mais en même temps, comme on l’a montré dans le document « comment l’évolution de la dépense publique prépare des lendemains qui déchantent encore plus », au cours des 35 dernières années, on a mieux maîtrisé les dépenses de fonctionnement des administrations, mais, dans le même temps La France a, au final, financé l’augmentation des prestations sociales par la hausse de l’endettement ©S. Darré.

(Rappelant que le poste Prestations et autres transferts est passé de 50,9 à 55,9% du total des dépenses publiques).

Outre le cas de Liès Hebbadj, « un Français soupçonné de polygamie, son épouse légitime et ses trois maîtresses devraient être rapidement mises en examen pour déclarations mensongères d'allocation pour parent isolé à Nantes » (Le point – juin 2010). Cet homme et ses « amies » devant la loi, femmes en islam, vivait en fait en très grande partie des allocations familiales et aides au logement pour ses 16 enfants. Fraude ? Pas forcément, abus très certainement. On peut rappeler aussi ces histoires qui font toujours sourire de gens qui continuent à toucher la retraite d’un proche que l’on a « omis » de déclarer décédé. Pour des cas moins extrêmes, on citera un reportage TV de l’émission Envoyé Spécial. La femme montrait son « bulletin de salaire » de la CAF. Au titre de ses quatre enfants elle touchait 1 800 euros par mois décomposés en RSA, Aide au Logement, Allocs et PAJE – soit autant que l’époux qui travaillait. Avec 3 600 euros à deux on vit effectivement très correctement dans une petite ville de province.

 

Il va s’agir donc essentiellement ici de donner à chacun ce qui est prévu par le législateur, sans jugement de valeur, mais pas plus. C’est là qu’on parle de milliards par an d’économies. Mais, redisant qu’on n’appliquera pas d’amende si fait de bonne foi et qu’on ne fera pas de rétroactif, il y aura des conséquences sociales évidentes sur des centaines de milliers de ménages. En ce point et avant d’aller plus loin, il faut assumer que, dans l’esprit des lois Hartz IV en Allemagne, on ne peut mener des politiques en apparence si dures que si des mesures sont mises en place pour accompagner en même temps ces centaines de milliers de personnes vers l’emploi. Ce peut-être, outre les formations, des aides aux transports, ou à la garde d’enfants (on crée de nouvelles aides ? non mais on les attribue mieux), ou aides dégressives pour accepter une baisse de salaire, etc. Il faut, en d’autres termes, se préparer à être moins dans l’assistanat, mais beaucoup plus en appui de ceux qui sont prêts à bouger pour gagner leur vie par leur travail. Sachant que le chômage va aussi augmenter dans un premier temps du fait que certains « renonçants » se présenteront sur le marché du travail.

Mais au fait cela veut dire quoi RSA ? Qui a « remplacé » le RMI. Réponse : Revenu de Solidarité Active (qui remplaçait d’ailleurs Insertion qui voulait dire exactement la même chose). C’est qu’au final, si on ne va presque pas jusqu’au A et au I, c’est qu’il est moins fatiguant de verser de l’argent et avoir une forme de paix sociale. Panem et circences (le pain et les jeux). On sait comment cela finit.

Quelle preuve a-t-on ? Essentiellement deux sans développer beaucoup :

>1. Les prestations sociales sont exonérées d’impôts et hors salaire de référence si important pour les aides et exonérations comme prix de la cantine et des colos, exonérations de taxe d’habitation … alors que les salaires ne le sont pas. Sachant, on le rappelle, qu’elles n’ouvrent pas non plus de droits à la retraite, mais au niveau du SMIC, c’est itou et de toute façon il y aura … le Minimum Vieillesse. On comprend donc qu’entre 1000 euros d’aides ou de salaire le choix aille plutôt vers les aides

>2. Les aides à l’embauche sont quasi exclusivement dirigées vers les entreprises, que ce soit sous la forme de baisse de charges ou de primes à l’embauche. Mais il n’y a rien pour les salariés reprenant une activité. Même pas la dénommée « Prime pour l’Emploi », rebaptisée « Prime pour l’Activité » ? Non, il suffit d’avoir travaillé un peu, 3 743 euros au titre de 2014. C’est donc surtout, on a l’impression de boucler, une mesure de redistribution – une de plus, avec un petit effet correcteur du point 1, mais léger, léger.

Concernant le point 2 et en forme de conclusion, on propose tout de suite que les chômeurs ayant un « revenu de référence » inférieur à un seuil bénéficient au choix lors de la signature d’un contrat de travail :

  • Soit de 500 euros exonérés
  • Soit de 600 euros déclarés

On avait fait aussi des propositions pour seniors acceptant une baisse de salaire. Ce peut être aussi des réductions sur les transports publics pendant six mois ou un an. Il y a tout un chantier à ouvrir, car on n’a quasiment rien fait de ce côté ci. En fait, on prend les gens pour des assistés ou des c., ce qu’ils ne sont pas en réalité.

Concernant le point 1, même si cela demanderait un courage politique fou, il faut parvenir à rendre les aides imposables, même si c’est seulement très progressivement. Cf. S. Darré « Allocations familiales et effet d’aubaine inverse ». Et pour les aides qu’il serait délicat de fiscaliser rapidement, au moins les inclure dans le Revenu de référence.

Ce que l’on préconise

La Poste, qui se cherche désespérément des diversifications pour pouvoir continuer à mener sa mission de service public paraît l’opérateur idéal pour mener à bien ce projet. Elle a aussi la légitimité pour le faire, ayant à connaitre l’adresse de tout un chacun pour la distribution du courrier.

Son cahier des charges.

Il s’agit d’attribuer à chaque logement un numéro équivalent au numéro INSEE établi à l’origine pour les besoins de la sécurité sociale. On l’appelle Identifiant Unique du Foyer (IUF). Il pourrait être composé du code postal à 5 chiffres suivi d’un identifiant de la voie ou lieu dit ou résidence sur 2 lettres, ex. de AC à ZE, puis un numéro d’ordre à 4 chiffres. Le but est de bien distinguer chaque « pas de porte ». A ce titre, l’identifiant n’est qu’un attribut pour le facteur chargé du recensement. Étant dans une époque moderne, d’autres éléments sont à fournir :

  • Adresse postale
  • Complément d’adresse comme étage et emplacement de la porte, rang dans le cas d’un lotissement à adresse unique
  • Descriptif textuel comme « deuxième escalier à droite dans la cour », « ancienne grange aménagée »
  • Photos et petit film panoramique
  • Plan du découpage des habitations
  • Coordonnées GPS
  • Informations pertinentes pour chacun des réseaux tels que situation du compteur électrique et d’eau, arrivée du câble ADSL. Liste standard à compléter avec beaucoup de rigueur

Le facteur aurait les informations nominatives des occupants pour s’y repérer et éviter les doublons, mais il n’aurait pas le droit de les communiquer. Lui, par contre, dispose de tous moyens pour investiguer si un logement est occupé ou non, comme de sonner pour se faire ouvrir et poser des questions au voisinage, pour savoir, par exemple, si une porte est la seconde d’une maison ou celle d’une autre. C’est l’exactitude de l’information qui prime. Les logements inoccupés et même ceux en construction seront dotés d’un identifiant comme les autres. Le facteur devra et pourra estimer la surface des logements pour sa base de données, sans moyen de le vérifier non plus.

Les données seront, évidemment à mettre à jour en cas de nouvel événement d’une part, et par recontrôle obligatoire tous les cinq ans par exemple. Les opérateurs devront avoir été formés pour ne pas introduire d’erreurs.

 

Qui va payer ?

La Poste, en premier lieu, le service postal en tout cas, car l’un des utilisateurs de l’information. Les autres se divisent en trois groupes :

  • Administrations en tant que percepteurs ou attributaires d’aide publique, ce sont en fait les Impôts, la CAF et la mairie
  • Gestionnaires de réseau, autres que la Poste d’autre part, c'est-à-dire fournisseurs d’électricité, gaz, eau et téléphone/câble
  • Compagnie d’assurance pour la partie Habitation

Les notaires devront se faire communiquer cet identifiant et le donner au nouvel acquéreur, en plus du cadastre dans un premier temps, puis, après une période transitoire, en remplacement car ces données cadastrales sont souvent très anciennes et parfois erronées. Les bailleurs auront l’obligation de le communiquer aussi à leur locataire.

Les trois premiers groupes auront à verser 6 euros par an et par foyer. Pour le notaire, on peut imaginer 12 euros en une fois.

L’ensemble des utilisateurs « abonnés » ci-dessus sont destinataires de la totalité de l’information publique. Ils peuvent modifier directement celle qui les concerne spécifiquement comme le chemin de câble pour l’opérateur téléphonique, et demander une modification pour les autres données. S’ensuivra un dialogue avec le facteur par une messagerie dédiée. Celui-ci pourra accepter la modification ou ajout ou expliquer pourquoi en cas de refus.

Les différents opérateurs réseaux et assurances ont aussi, dans une phase d’initialisation, à mettre en correspondance leur numéro d’abonné et l’identifiant unique pour être sûr du logement auquel il se rapporte. Pour eux il s’agit évidemment d’un intérêt pratique additionnel, notamment se diriger tout de suite vers la bonne porte lors d’une intervention.

Les administrations citées ci-dessus auront l’obligation de se faire communiquer par le contribuable et/ou l’allocataire son IUF, charge à celui-ci de l’actualiser à chaque déclaration en cas de changement. Les déclarations seront, bien sûr, à recouper ensuite entre les différentes administrations par voie d’échange de fichiers.

Le contribuable, à son tour, peut, s’il ne l’a pas obtenu par un autre moyen, en faire la demande à la Poste, soit gratuitement en « interceptant » son facteur, soit moyennant le paiement d’une petite prestation si l’agent postal doit venir sur les lieux. Dans les copropriétés, on peut envisager que l’affichage en soit obligatoire, par exemple à coté des boites aux lettres.

D’autres opérateurs pourraient profiter de l’information gratuitement en passagers clandestins. Il s’agirait par exemple des banques, opérateurs de téléphonie mobile ou grandes surfaces. En ce qui les concerne, on admet qu’ils peuvent la solliciter dans leur formulaire d’inscription, mais le champ ne peut en aucun cas être obligatoire.

A noter aussi qu’EDF dispose de l’information « Point De Livraison », qui est un numéro à 14 chiffres, remplissant la même fonction. Ce numéro sera dès lors à rappeler dans les informations spécifiques « réseau électrique » à charge pour les lignes non EDF d’être mises à jour par on ne sait pas qui. Mais, au-delà, la Poste, dans la phase d’initialisation, pourrait se faire communiquer le fichier à un instant T et apprendre la manière de le constituer par cette autre société publique.

 

Cas pratique : les colocations

Dans les grandes villes et particulièrement agglomération parisienne, où les loyers sont très élevés la colocation est parfois la seule solution pour les jeunes. Elle est un revenu pour le locataire « nominal », mais pour autant, le service des impôts n’aurait pas à le redresser, le cas n’étant d’ailleurs pas prévu. On est conforme ici à ce que l’on défend pour des services comme Blablacar, c'est-à-dire exonération a priori s’il n’y a pas d’enrichissement.  En revanche, s’il bénéficie d’une aide au logement au titre de sa sous-déclaration, celle-ci serait évidemment à supprimer. On fait donc une distinction entre revenus, dans un contexte d’ailleurs de pression fiscale record et les prestations sociales dues seulement si elles sont réglementaires et justifiées.

 

Pour aller plus loin : l’empreinte ADN de tout un chacun

Parlant de la nécessité de savoir qui vit avec qui, on en tout cas, partage des charges d’un foyer, on a vu que les mœurs ont beaucoup évolué et la législation à peine. Or il y a maintenant plusieurs décennies que l’on sait confondre un criminel avec son ADN. Cela fonctionne, il n’y a presque jamais d’erreur … pour autant toutefois que le suspect ait déjà eu une condamnation ! Et, de plus, pour le même type de délit. Il n’est pas évident, par exemple, que l’on retrouvera, sauf fortuitement, le coupable d’un viol s’il a été condamné dans le passé pour cambriolage. En outre, il faut qu’il y ait supposition que le suspect était dans les environs. Bref, on multiplie les obstacles à l’éclosion de la vérité.

Or prendre les empreintes ADN ne coûte pas plus de 200 €, il suffit en réalité d’un peu de salive. Sachant aussi que l’on prélève déjà les empreintes digitales et que cela ne pose pas question, en réalité seulement parce que c’est très ancien car, on pourrait dire tout autant que l’on viole l’intimité puisqu’unique aussi (on ne fait ici que citer en passant des débats sur ces questions).

Ce que l’on préconise

Lors de l’établissement du premier document d’identité : passeport, carte d’identité ou permis de séjour, il sera prélevé un peu de salive de façon à avoir l’empreinte ADN du citoyen. Cette mesure sera stockée dans un point central pour ne pas avoir à le redemander.

La législation est dès lors à changer aussi. Si de l’ADN est prélevée à l’occasion d’un délit d’une gravité certaine, le juge d’instruction devra systématiquement chercher à quelle identité elle correspond dans la base de données centrale. Par un renversement de la preuve, ce sera alors au citoyen aidé de la police et/ou de son avocat, à démontrer qu’il ne pouvait être là au moment du fait, qu’il est trop vieux ou trop jeune, pas du bon sexe, ne correspond pas aux témoignages …

Cette mesure permettra d’économiser, sans effort particulier, sauf au cours de la ou des deux premières années, des sommes conséquentes chaque année sur le budget de la Justice et du Ministère de l’Intérieur.

 

 

Serge Darré – avril 2016

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10 avril 2021

Raisons rattachement de la Crimée à la Russie

Crimée/Kosovo/Mayotte : ce qu’on n’a pas ou presque entendu

Pour ce qui concerne l’indépendance du Kosovo, tout d’abord, rappelons que l’OTAN a fait la guerre à la Serbie à partir du 24 mars 1999 et cela pour une durée de 78 jours. Les objectifs militaires n’ont absolument pas été les seuls à être visés. La chasse de l’OTAN a aussi détruit des ponts, des voies de chemins de fer et des bâtiments administratifs. Il y eut, entre 2 500 à 3 500 morts et 12 500 blessés parmi les civils.

On ne sache pas que, depuis, les pays « vertueux » de l’OTAN aient accordé quelque compensation que ce soit pour les morts et les destructions civiles.

Peut-on faire un commentaire additionnel : le Kosovo n’est pas viable comme pays. Il est gangrené par la mafia du sommet de l’État jusqu’à sa base. Et pour quelle raison ? Peut-être que c’est la seule activité économique qui fonctionne dans ce mini État enclavé ?

Mais admettons qu’on doive, au final, accepter l’indépendance du Kosovo qui ne veut plus rester rattaché à la Serbie, on le comprend, mais qui aurait beaucoup plus sa place comme une province de l’Albanie. Mais ce n’est pas vraiment le propos, la question étant de savoir : quelle différence avec la Crimée ? Rappelant que : « UKRAINE - Référendum sur le statut de la Crimée, forte participation : 1,5 millions d'électeurs de la région autonome de Crimée étaient appelés aux urnes dimanche 16 mars 2014 pour se prononcer par référendum sur le statut de la Crimée, en répondant à ces deux questions : "Soutenez-vous le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie en tant que sujet fédéral?" ou "Soutenez-vous le rétablissement de la Constitution de la Crimée de 1992 ?". 135 observateurs étrangers issus de 23 pays et 1 240 observateurs ukrainiens étaient déployés pour assurer le bon déroulement du scrutin. La participation serait d'au moins 80 %. » A 87% les électeurs ont voté pour le rattachement. Certes ce scrutin a été organisé dans l’urgence etc… mais cela ne remet pas complètement en cause sa validité. Rappelant qu’aux législatives en France la participation est de moins de 50%. *

On veut ensuite rappeler un autre fait plus gênant, pour la France spécifiquement : l’île de Mayotte qui est une des quatre îles de l’archipel des Comores.

En effet, le 22 décembre 1974, la France a organisé aux Comores un référendum pour plébisciter l'indépendance de l'archipel, mais les Mahorais (habitants de Mayotte) ont fait un choix distinct des trois autres îles en votant pour le maintien de leur île au sein de la République française. Un second référendum a été organisé le 8 février 1976 qui a confirmé ce choix. Néanmoins l'Union des Comores revendique toujours Mayotte, tout comme l’Ukraine ne se résoudra jamais formellement à l’abandon de la Crimée.

Toute ressemblance etc. …

Pour autant s’agit-il d’une spécificité française ? Non, absolument pas, sans même parler de l’aberration qu’est Gibraltar, il nous faut envisager trois cas de pays soi-disant « vertueux » qui ne manquent pas de voter toute sanction envers la Russie :

  1. L’enclave de Guantanamo. Celle-ci est théoriquement librement louée aux USA par Cuba depuis 1898, date où l’île était un quasi protectorat US. Sauf que les loyers ne sont plus versés depuis la révolution castriste et qu’il n’y a de fait plus aucune discussion entre les deux pays. Et en l’absence de discussion c’est le statut quo qui prévaut, c'est-à-dire la loi du plus fort, c'est-à-dire que les USA se sont appropriés une partie du territoire cubain.
  2. Les enclaves de Ceuta et Melilla. Ces deux confettis représentent de fait un reste de colonisation espagnole sur le continent africain. Le Maroc ne reconnait pas leur statut qui fait obstacle à son intégrité territoriale
  3. Les Malouines en français, Malvinas en espagnol, Falkland islands en anglais sont quelques rochers peuplés de centaines de milliers de moutons au large du sud argentin. Certes, historiquement, on veut bien admettre qu’au contraire des deux cas précédents, elles ne seraient pas plus argentines que britanniques. Cependant, dans les faits l’Argentine les réclame pas seulement pour une question d’honneur, mais aussi parce qu’ils y voient un intérêt stratégique spécial - Elles sont au débouché du détroit de Magellan. Or les britanniques, quand il s’est agi de Hong Kong, ont bien été capables de discuter pour rendre l’île à la Chine. Pourquoi n’y a –t-il pas les mêmes discussions, on veut dire sérieuses, pour les Malouines ?

 

 

 

 

 

* Et pourquoi ce référendum en fait ? Les « pro russes » favorables à l’ancien président Ianoukovitch, ne reconnaissent pas le résultat des élections de fin 2013 qui ont par ailleurs été très serrées, dans un contexte où le russe est très largement la langue majoritaire en Crimée. La réponse du nouveau gouvernement central de Kiev à ces protestations ? Il décrète, le 23 février 2014, l’abolition de la langue russe comme langue officielle alors que jusqu’ici elle avait officiellement le même statut que l’ukrainien. A partir de là les choses vont s’accélérer et les autonomistes sont aidés en cela par des unités militaires russes, cela personne ne peut le contester. D’où le référendum du 16 mars 2014.

Rappelant aussi que la « Flotte de la Mer noire » est russe et basée, presqu’exclusivement à Sébastopol en Crimée. Dès lors qu’il y a divorce marqué entre les deux pays le « grand frère » ne pouvait effectivement pas accepter que sa flotte de guerre « réside » en territoire étranger. Ce serait comme si la flotte basée à Toulon devait stationner à Tanger au Maroc, ou ailleurs …

 

On enfonce un peu plus le clou ? Les « vertueux » possédant des colonies nommément Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Espagne ne reconnaissent pas le droit de la Crimée à l’autodétermination car elle n’était, avant, qu’une province le l’Ukraine. Sauf que, dans le cas du Kosovo, comme l’ a rappelé le ministre russe Sergei Lavrov, il avait été dit explicitement « qu'une déclaration unilatérale d'indépendance d'une partie d'un État ne violait aucune norme du droit international ».

 

 

©Serge Darré

Mis à jour le 23 juillet 2015

 

 

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16 mars 2021

QUELLE CRISE DES GILETS JAUNES ?

QUELLE CRISE DES GILETS JAUNES ?

« Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas » Napoléon Bonaparte

17 et 24 novembre 2018 : est-on en train de revivre 1789 ?

En tout cas c’est ce que semblent avoir cru nos dirigeants. Que craignaient-ils pourtant ? La loi El Khomri et les ordonnances Pénicaud étaient passées comme une « lettre à la poste », plus exactement l’exécutif s’était assis sur la représentation syndicale en l’ignorant purement et simplement.
Les collectivités locales étaient tout autant méprisées par ce même exécutif qui mettait systématiquement en place, suivant ses prédécesseurs, un contrôle extrêmement strict visant à les transformer à terme en simple centres de coûts.
De même, on avait carrément insulté les personnes âgées en disant aux retraités que c’est eux qui allaient payer pour les autres.
Le président Macron paraissait alors surfer sur la vague, dans le sens où rien ne lui résistait.
En même temps, certes, quelques aspects pouvaient être gênants :
Le fait que l’exécutif ne représente qu’en gros un quart des français, le taux de participation aux législatives de 2017, les élections les plus importantes dans les vraies démocraties, avait été inférieur à 50%
D’autre part on avait méprisé les salariés et le « vieux monde » avec les lois travail ci-dessus, mais, tout à coup, c’était une autre population qui semblait entrer en rébellion, celle, pour faire simple, des petits artisans et des auto-entrepreneurs, semble-t-il plus chère à leur cœur.
On n’a pas, à vrai dire, tellement plus d’explications. Dit de manière plus générique, on ne peut expliquer une soudaine prise de conscience que par la réalisation que les élites sont totalement déconnectées, en fin de compte, des préoccupations des gens d’en bas. Ce n’est pas nouveau non plus. C’est même en quelques sorte à l’honneur de ce gouvernement d’avoir eu cette prise de conscience qui n’a pas effleuré, par exemple, Hollande qui est allé tranquillement jusqu’à la défaite sans jamais se remettre en cause. Dont acte !

Avant d’attaquer le déroulé des faits et pour ne plus y revenir, on rappelle deux documents écrits par l’auteur qui alertaient déjà sur ce manque de démocratie inhérent à la Vé république en France :
LA CONVERGENCE DES LUTTES – POURQUOI ET COMMENT ? – mars 2018
VIème république : la constitution de vos rêves – novembre 2016
© Serge Darré

Le mouvement des « Gilets jaunes » (on ne mettra plus de guillemets) démarre par une forte mobilisation. On attend, pour le premier samedi, le 17 novembre 2018 de très nombreux blocages que ce soit filtrants sur environ 2 000 ronds-points, ou parfois quasi bloquants comme sur certaines routes. On s’attend aussi à des attaques directes spécifiquement contre les péages d’autoroutes, les radars et même certains automobilistes ou camionneurs refusant de s’arrêter.

Les forces de sécurité : police et gendarmerie, déjà très sollicitées récemment, vont devoir être réparties sur tout le territoire et faire avec peu de moyens. En outre, et c’est de là que tout va démarrer, le ministère de l’intérieur, qui scrute les réseaux sociaux, croit savoir que les Gilets jaunes vont chercher à s’introduire dans l’Elysée, Matignon ou autre lieu de pouvoir comme l’Assemblée nationale. Ceci n’est pas d’ailleurs qu’une erreur, il y a eu des appels bien réels de personnes comme Eric Drouet et les G.J., partout, sans concertation préalable à ce qu’on sache, manient des symboles de 1789 : ils arborent le drapeau français et chantent la Marseillaise, certains portant aussi le bonnet phrygien.

Dans le « cercle du pouvoir », comme on dit, on ne craint pas moins qu’une répétition de la journée du 6 octobre 1789 où le peuple de Paris est venu chercher le roi et la reine à Versailles pour les obliger à venir résider à Paris.
C’est sur cette base que le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, se souvenant sans doute qu’il a été un excellent joueur de poker, va tenter un coup … de poker. Il va consacrer l’ensemble des troupes parisiennes à la défense des seuls lieux de pouvoir. Ne laissant qu’une seule compagnie pour s’occuper de tout le reste de la capitale. Le coup de bluff va alors consister à faire charger cette unique compagnie le samedi matin à 9h50 (on n’a pas réussi à retrouver l’heure exacte). On espère ainsi dégager les Champs-Elysées, puisque c’est là que cela se passe et qu’un maximum de gens rentreront chez eux.
Cependant les choses ne vont pas se passer comme prévu « dans le meilleur des cas » :
Les G.J., tout d’abord, sont pour la grande majorité des primo manifestants, n’ayant pas, dès lors, l’habitude de courir dans l’autre sens à la première charge des CRS
Ils sont, d’autre part, tellement convaincus de leur bon droit, qu’ils ne comprennent tout simplement pas ce qu’ils considèrent comme une agression,
Étant, d’autre part, souvent des ruraux ils sont un poil plus « rustiques » que les salariés des administrations et grandes entreprises participant aux manifestations structurées
D’autre part, les effectifs de police sont insuffisants pour empêcher les manifestants chassés des Champs d’y revenir par des rues adjacentes
Enfin, le degré d’impréparation est tel que les G.J. n’auront aucun mal à trouver sur l’avenue toutes sortes d’objets contondants pour se défendre à partir, notamment de chantiers en cours.
Résultat : forces de l’ordre et manifestants vont effectivement s’affronter pendant en gros 12 heures, devant les caméras des chaînes d’info. Il y a des blessés de part et d’autre et, en fin de journée, les forces de l’ordre ont épuisé tout leur stock de gaz lacrymogène. Ceci étant effectivement inhabituel dans un contexte français, mais bon !

A un moment donné, quelques centaines d’entre eux atteignent même la rue du Faubourg saint-Honoré ; ils sont à quelques pas du palais de l’Elysée ! S’ils avaient été 300 de plus, ou si une partie de la banlieue s’était jointe au mouvement, peut-être auraient-ils réussi à forcer le barrage des forces de l’ordre ? Et à tirer le couple Macron (Cf. louis XVI et Marie-Antoinette) de son lit ? Peut-être. Mais ces 300 personnes ne sont jamais venues !
Une semaine après, le 24 novembre, nouvelle manifestation au cours de laquelle les G.J. vont être coincés place de l’Etoile et se répandre dans les avenues adjacentes. C’est ce jour-là que le monde entier va découvrir des images de voitures en feu dans Paris. Cependant, il faut insister là-dessus, des observateurs expérimentés ont souligné qu’il n’y a pas eu plus de dégradations qu’une nuit de la Saint-Sylvestre « normale » ou suite à la « fête » célébrant la victoire en Coupe du monde la même année.

Et c’est tout ? Oui, en gros c’est à peu près tout. Sauf à rappeler que les chaînes info, notamment BFM TV, mais pas seulement eux, ayant fait une audience record au cours de ces deux journées, ne sont pas prêtes à lâcher l’affaire. Leurs plateaux sont pendant plusieurs semaines consacrées quasi exclusivement à la « Crise » des Gilets jaunes.


Les Gilets jaunes, à qui a-t-on affaire ?
Déclarations des Gilets jaunes, quelques exemples :
Les élus sont tous corrompus
Les députés devraient être payés au SMIC
Les syndicats sont des pantins du gouvernement
Les journalistes sont tous pourris
Je ne bougerai pas de ce rondpoint tant qu’on ne me donnera pas 300 euros de plus par mois
Il faudrait réduire la TVA sur les produits alimentaires
On n’a pas mis les guillemets mais en même temps aucune phrase n’a été altérée.

Mouvement issu de la base, auquel l’auteur de ces lignes a souscrit dans un premier temps car favorable au gel de la taxe carbone, mais base avec tout ce que cela implique :
Haine envers tous ceux qui semblent émerger en leur sein, jusqu’à des menaces de mort
Attaques virulentes contre la presse, par exemple en empêchant la Voix du Nord de paraître
Attaques contre les élus (et un restaurateur de Toulouse), pas toujours revendiquées, mais justement, on ne sait plus qui est qui et tous les bas instincts ressurgissent
Outre une colère liée à leurs difficultés matérielles, la haine, l’ignorance et la jalousie sont trois moteurs importants de leur action.

Alors que faut-il en penser ? On pense qu’il faut respecter tout le monde, même ceux qui n’ont aucun diplôme et qui n’auraient peut-être rien à perdre à un renversement de la société. Il faut les respecter, mais, leur parole n’a pas non plus d’avantage de valeur que celle d’un enseignant, d’une employée de la grande distribution vivant en banlieue ou d’un cadre travaillant à la Défense. Quand on fait de la politique, on ne doit pas mélanger avec le religieux : « Les derniers seront les premiers ».

Or, si on considère que tout le monde vaut un (comment faire autrement ?), il faut rappeler que le 8 décembre, par exemple, ils étaient 8 000 à manifester dans Paris, soit beaucoup moins qu’une manifestation organisée par le CGT, et infiniment moins que les grandes manifestations contre le « Mariage pour tous ».
Et en province ? En province on s’en fout un peu, car si les voitures n’avaient pas brulé à quelques hectomètres des Champs Elysées tout cela n’aurait eu quasi aucun impact, comme une manif des infirmières !

Comme transition avec ce qui suit on peut remarquer aussi, concernant les G.J, qu’ils ne semblent pas en vouloir à aucun moment aux patrons. Or leurs revendications ont évolué principalement vers le pouvoir d’achat et ce sont tout de même les entreprises qui versent les salaires ! Leurs demandes sont adressées au pouvoir, à l’Elysée, comme si c’était l’Etat qui distribuait les revenus. Ce qui prouve aussi que s’ils ignorent certaines choses, comme le taux de TVA réduite, ils ont en revanche parfaitement intégré ce qu’est le social-libéralisme. On y revient dans un instant.


Les mesures prises (et à prendre), le social libéralisme dans toute sa splendeur
" Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite " Talleyrand

La réponse à la « crise des gilets jaunes » a consisté :
Tout d’abord à mettre en place d’avantage de mesures pour faire avaler la hausse des taxes, comme des primes massives pour un changement de véhicule
Puis dans un package d’annulations, au moins pour la durée du quinquennat, des hausses de taxes sur l’énergie
Enfin dans des mesures « sociales » annoncées le 10 décembre 2018, consistant pour l’essentiel en une annulation de la hausse de la CSG jusqu’à 2 000 euros de retraite (mais non de la non indexation), une augmentation massive de la Prime d’activité (impôt négatif) au niveau du SMIC, la défiscalisation des heures supplémentaires.
Le coût récurrent en année pleine de ces mesures a été évalué à 11 milliards par la Cour des Comptes, je pense qu’on est plus près de douze en incluant les mesures préventives.

Était-ce bien indispensable vu que la journée du 6 octobre 1789 n’a pas eu lieu ? Ce qu’on peut dire dans un premier temps, c’est que des « 3 M », les noms de famille des trois principaux dirigeants européens, il n’y en a que deux qui ont réellement des burnes, ce sont Angela et Theresa.

Comme l’a déclaré le patron de la Bundesbank : Jens Weidmann à propos de ces mesures : « "Respecter le plafond de 3%" de déficit et "réduire le déficit structurel de manière appropriée" seraient la bonne voie à prendre surtout que "l'économie française se porte bien" et que "la dette reste très élevée" dans un contexte où il est désormais sûr que la dette publique va atteindre 100% du PIB dans les semaines ou les mois à venir.

La Cour des Comptes française a aussi fait le même constat un peu plus tard. On rappelle aussi que nous sommes (nous étions déjà avant ces mesures) le pays ayant les prélèvements obligatoires et les transferts sociaux les plus élevés de l’OCDE, ainsi qu’un chômage supérieur à la moyenne.

Ce qu’il faut observer aussi c’est que ces mesures ont été décidées fin décembre, en principe trop tard pour une application début 2019. Sauf que le Sénat, en principe à majorité LR, les a votées en urgence. Syndrome du 6/10/1789, c’était la première fois qu’un parti votait le budget présenté par un autre parti sans discussion. La classe politique a donc fait corps. Ce qui montre aussi qu’ils n’ont aucune différence sur le fond. Marine le Pen parlait d’UMPS, il faut en réalité parler d’UPRM, soit la convergence idéologique des trois grands partis de gouvernement.

On en revient au sujet du social-libéralisme.

En fait le troisième « M » a aussi cru être malin : la prime d’activité et la réactivation d’une mesure « Sarkozy » sur les heures supplémentaires, il les avait déjà en tête. C’est donc une simple accélération de mesures que ce fils de Hollande aurait prises à un moment ou à un autre. Notons d’ailleurs que les mesures pour les smicards ne sont pas raccord avec les demandes des G.J, qui ne sont pas tous smicards, loin de là. Et rappelons aussi que créer trop d’aides à ce niveau de rémunération comporte un risque avéré d’enfermer ces populations dans une « trappe à pauvreté », pour toute leur vie, c’est-à-dire qu’ils/elles n’ont aucun intérêt à demander d’augmentations de salaires sous peine de perdre un ou plusieurs avantages sociaux.

Et donc, quelle est la définition du social-libéralisme ? on ne va pas entrer ici dans les finesses de la théorie des idées politiques. Le S-L c’est de nos jours ce qui a été mis en œuvre concrètement par Blair en GB, Schroeder en Allemagne et Hollande/Macron en France. Il consiste en :

Une foi totale dans les seuls mécanismes du marché d’un côté (acceptation des règles européennes très concrètement) et « cadeaux » envers les riches qui ont le pouvoir d’investir
Des aides toujours plus sophistiquées et importantes envers les « plus pauvres » d’autre part, dans une optique généreuse, on veut bien, mais surtout clientéliste : en faire les obligés du pouvoir.
Il s’agit, comme on peut les observer « in vivo » de politiques orientées vers les 1% les plus riches et les 15% les plus pauvres. Et les 84% autres ? Ceux-là sont réputés vivre heureux dans le paradis social-démocrate et même prêts à donner toujours un peu plus, comme les cadres français par exemple.

Or les grands partis sociaux- démocrates ont connu de très importants revers électoraux ces dernières années : GB, Allemagne, Italie, France, Autriche … Tout d’abord, outre la pression fiscale qui a augmenté à des degrés divers dans tous ces pays, parce que les « plus pauvres » ne votent pas ou ne se voient pas comme tels, ou tout simplement ne veulent pas être considérés des assistés. En n’oubliant pas, si on veut faire un peu de théorie politique, que ce qui a été donné est vite oublié : deux ans après l’électeur a intégré l’aide mais ne sait plus qui l’a votée. D’où les 6% du PS à la présidentielle de 2017.

 

Cela ne poserait d’ailleurs pas tellement de problèmes d’un point de vue politique : l’UPRM se trouvera un autre représentant, ou peut-être même le même.

Oui, mais d’un point de vue social et économique, on ne peut pas, en regardant ce qui se passe au Venezuela, ne pas penser que le même type de conflit pourrait arriver assez rapidement en France. Le scénario : il suffirait que le taux d’intérêt sur la dette, 99,1% du PIB à ce jour, augmente de seulement 1,5%, pour passer de 0,9 à 2,4 % par exemple. La spirale dette/taux d’intérêt deviendrait alors très vite insupportable. Et il faudrait trouver un moyen de trancher dans le vif. Or, comme au Venezuela, on aura alors deux Frances qui se regarderont comme deux ennemis :

Celle qui demande moins d’impôts et plus de liberté économique pour pouvoir respirer
Et celle qui ne veut renoncer à aucune aide publique car tous les transferts sociaux sont dans la loi.
La France n’est pas le Venezuela ? On voudrait en être sûr. On n’en est pas totalement convaincu tant les gouvernements successifs de ces trente-cinq dernières années n’ont jamais réussi à baisser les dépenses publiques et/ou les transferts sociaux. Sachant aussi qu’à la suite des bas salaires il faudra bien envisager un jour des mesures pour les chômeurs et les gens au RSA. Et que, d’autre part, à l’issue du « Grand débat », d’autres cadeaux devront aussi être faits.

 

Fin document.
© Serge Darré février 2019
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10 janvier 2021

Aliments génétiquement modifiés nocifs ?

Les aliments génétiquement modifiés peuvent-ils être nocifs ?

lundi 16 novembre 2020

par Orfilio Pelaez GRANMA

Source : Cuba coopération France

 

Tenant compte de la controverse déclenchée dans le monde autour de la sécurité des aliments transgéniques produits à partir de plantes génétiquement modifiées, Granma a échangé avec le docteur en sciences Mario Pablo Estrada García, directeur de la recherche agricole au Centre de génie génétique et de biotechnologie (CIGB), et spécialiste reconnu du sujet controversé

 

Selon les données les plus récentes de l’Office national des statistiques et de l’information (ONEI), au cours des cinq années précédentes, le pays a dépensé environ un milliard de dollars pour l’achat de maïs sur le marché international, à un taux de 800.000 à 1.000.000 dollars. tonnes par an.

 

Ces derniers jours, plusieurs médias nationaux ont rendu compte des résultats obtenus par le pays dans l’obtention et l’utilisation de maïs hybride génétiquement modifié, qui, lors d’essais expérimentaux sur le terrain, montre une augmentation notable des rendements de cette culture, connue des populations. peuples autochtones d’Amérique centrale il y a plus de 7 000 ans.

 

Tenant compte de la controverse déclenchée dans le monde autour de la sécurité des aliments transgéniques produits à partir de plantes génétiquement modifiées, Granma a échangé avec le docteur en sciences Mario Pablo Estrada García, directeur de la recherche agricole au Centre de génie génétique et de biotechnologie (CIGB), et spécialiste reconnu du sujet controversé.

 

« Les organismes dits génétiquement modifiés (OGM) comprennent les plantes, les animaux et les micro-organismes dont le matériel génétique (ADN) a été altéré afin de lui conférer des caractéristiques améliorées spécifiques, qui le font se comporter différemment de celui exprimé avant d’être soumis faire cela ’.

 

Dans le cas particulier des transgéniques dans les plantes, a souligné le Dr Estrada García, ceux-ci ont commencé à être conçus en 1986 et consistent en l’insertion d’un ou plusieurs gènes dans le génome d’un organisme, afin d’augmenter sa productivité.

 

Grâce au développement réalisé aujourd’hui avec la technologie référencée, il est possible de connaître le site d’implantation exact du gène étranger dans le génome modifié, a-t-il déclaré.

 

« Plusieurs des critères opposés aux organismes génétiquement modifiés sont fondés sur des expériences liées à l’utilisation abusive d’indications technologiques, au manque d’informations, à une mauvaise formation et aux pratiques abusives de certaines entreprises qui produisent des semences dans le monde.

 

« D’une manière générale, les craintes liées à d’éventuels effets néfastes qui pourraient avoir sur la santé humaine ou la biodiversité environnementale sont traitées, mais généralement, le public ne s’enquiert pas au-delà de ce qui apparaît dans les médias ou des reportages d’organisations non gouvernementales, qui n’ont peut-être pas consulté d’experts dans le domaine. Donc la question qui se pose est : que dit la communauté technique et scientifique de cette controverse ?

 

Peut-être pour beaucoup c’est une nouveauté, et pour certains c’est quelque chose de déjà connu, mais contrairement à la sphère sociale et politique, au niveau scientifique, il n’y a pas de controverse ou de controverse concernant la sécurité des cultures génétiquement modifiées, a souligné le Dr Mario Pablo Estrada.

 

« Actuellement, il y a plus de 280 entités techniques et scientifiques dans le monde, qui ratifient la sécurité des cultures transgéniques et de leurs produits dérivés. Il s’agit notamment de l’Organisation mondiale de la santé, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, de la Commission européenne, de l’American Medical Association, de l’American Toxicology Society, de l’Union internationale des sciences de la nutrition et de diverses académies de la science de pays comme les États-Unis, le Canada, l’Australie, l’Afrique du Sud, la Chine, l’Inde, le Mexique, le Chili, le Brésil ; toutes les académies scientifiques d’Europe, pour ne citer que quelques exemples.

 

Selon l’expert, lorsqu’il est déclaré que ’les cultures transgéniques sont sûres’, cela signifie qu’elles ne présentent pas de risques plus importants que leurs homologues non transgéniques conventionnels, car aucune activité humaine, y compris l’agriculture et l’amélioration phytogénétique, ne présente aucun risque.

 

« Depuis plus de 10 000 ans, les humains ont modifié génétiquement et morphologiquement, par sélection artificielle, les cultures vivrières. Cette sélection de cultures, ajoutée à d’autres techniques modernes de sélection conventionnelles du siècle dernier, telles que l’hybridation (ou le croisement) et la mutagenèse radioactive / chimique, a produit d’énormes changements génétiques, qui sont inconnus, aléatoires et aléatoires, mais ils ont été source d’amélioration des cultures au cours des derniers siècles.

 

Contrairement aux méthodes conventionnelles, les cultures génétiquement modifiées sont soumises à des tests de sécurité rigoureux et variés avant leur mise sur le marché. Cela permet d’éviter ce qui s’est passé à certaines occasions avec ceux issus de l’élevage conventionnel, qui étaient néfastes, a déclaré l’expert.

 

« Il convient de souligner que la Commission européenne a financé 130 projets de recherche en biosécurité, où 500 groupes de recherche indépendants ont travaillé pendant 25 ans. La conclusion était qu’il n’y avait aucune preuve scientifique associant des organismes génétiquement modifiés, avec des risques plus élevés pour l’environnement ou la sécurité alimentaire, que les plantes et les organismes sans subir ce processus.

 

Comme l’affirme le Dr Estrada García, le gouvernement allemand a soutenu environ 300 projets de recherche sur la biosécurité depuis la fin des années 80, auxquels plus de 60 universités et instituts de recherche ont participé. Les résultats ont montré qu’il n’y a pas plus de risque à cultiver des OGM qu’avec des cultures traditionnelles.

 

 En 2014, une revue de la littérature sur les performances et la santé des animaux consommant des aliments contenant des ingrédients issus de cultures OGM a été publiée dans le Journal of Animal Science, qui n’a pas révélé de tendances défavorables ou inquiétantes en matière de santé du bétail et productivité, dit-il.

 

« Il convient de mentionner que sur les plus de 3 000 études actuelles qui soutiennent la sécurité des cultures transgéniques en termes de sécurité alimentaire et de sécurité environnementale, environ la moitié sont financées de manière indépendante ou financée par le gouvernement (et non par des entreprises privées).

 

« Après 40 ans de recherche au niveau des laboratoires et dans les champs d’essai, ainsi que deux décennies de consommation humaine et animale de cultures transgéniques dans plus de 60 pays, aucun effet néfaste sur la santé et l’environnement n’a été signalé, montre le sécurité de cette technologie agricole.

 

« D’autres problèmes qui sont attribués à tort comme’ exclusifs ’aux cultures génétiquement modifiées sont, par exemple, les mauvaises herbes ou les insectes résistants, ce qui se produit en raison de la pression sélective dans toute culture, qu’elle soit conventionnelle, transgénique ou biologique, ou la « perte de biodiversité », phénomène biologique / agricole que l’agriculture a engendré bien avant l’introduction des cultures génétiquement modifiées ».

 

Aussi, a expliqué le directeur de la recherche agricole de la cigb, que des doutes subsistent concernant les monocultures et les brevets de semences. Ces phénomènes sont apparus dans les années 1930 du siècle dernier, lorsque des variétés à haut rendement ont commencé à être utilisées. Pour cette raison, ils ne sont pas spécifiques ou exclusifs aux cultures génétiquement modifiées. Une technologie ne doit pas être confondue avec des arêtes qui sont typiques du modèle de développement économique, politique ou agro-industriel, a-t-il souligné.

 

« Nous pourrions éliminer les cultures génétiquement modifiées du monde, et les monocultures, les brevets, les pesticides, les herbicides, la réduction ou le remplacement des variétés continueront d’exister.

 

« Intégrer toutes les formes de production, avoir un cadre réglementaire fort et proactif, adopter la gestion de l’agriculture de conservation, l’agroécologie, ainsi que les cultures génétiquement modifiées générées par la science nationale, à partir de variétés cubaines, est ce qui nous rend uniques, et elle permettra d’introduire à plus grande échelle cette technologie capable de nous donner indépendance et souveraineté », a conclu le scientifique.

 

Dans le contexte

 

Cuba commencera à appliquer le projet de maïs hybride transgénique à plus grande échelle, destiné à l’alimentation animale.

 

Les potentialités du maïs hybride transgénique du CIGB sont d’environ neuf tonnes par hectare.

 

Le maïs hybride transgénique du cigb est conforme à ce qui est établi dans le cadre juridique qui régit le développement et l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés à Cuba.

 

Le CIGB est résistant à la teigne du maïs - un ver qui est le ravageur qui affecte le plus ces cultivars sur l’île - et à l’herbicide le plus utilisé pour lutter contre les mauvaises herbes ; il est également beaucoup plus productif que les variétés habituelles, comme nous l’avons déjà décrit ci-dessus.

 

La variété, en même temps, nécessite le même paquet technologique (intrants et autres produits) que ceux déjà plantés à Cuba ; En d’autres termes, ils n’auront aucune exception, sauf le dévouement des agriculteurs.

 

 

http://www.granma.cu/ciencia/2020-1...

 

 

Nous avons jusqu’ici seulement reproduit l’article cité.

J’ai très peu à ajouter, mais on aimerait lire le même type d’article sur l’huile de palme, supposée nocive mais elle ne l’est pas pour les consommateurs. Mais c’est que le développement de l’utilisation de l’huile de palme à divers stades de l’industrie alimentaire s’est accompagné d’un recul des forêts primaires dans le sud-est asiatique. Certes, mais demande-t-on aux indonésiens ce qu’ils en pensent ? La réponse est non.

(Cf. article https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/huile-de-palme-le-torchon-brule-entre-lindonesie-et-lunion-europeenne Les Echos, Par Basile Dekonink Publié le 10 août 2019 à 9:20, entre autres.)

 

Je pense aussi, pour revenir aux OGM, qu’ils ne sont pas LA solution pour augmenter la production agricole. Mais ils sont l’une des solutions. A cet égard, on va être quelque peu pessimiste mais on vit, toutes proportions gardées, les mêmes difficultés que celles rencontrées par Copernic et Galilée qui avaient perçu que la terre n’était pas ronde. C’est-à-dire que tout discours qui se heurte à la « bien pensance » dans l’Union Européenne est tout simplement voué aux gémonies. L’ancien clergé étant simplement remplacé par le discours soi-disant écologiste.

 

Définition : « traîner, vouer (qqn ou qqc.) aux gémonies. Accabler de mépris, outrager publiquement. »

 

 

 

 

 

 

Mots clés : GRANMA,Cuba,sécurité,aliments,transgéniques,biotechnologie,OGM,maïs,hybride, génome,modifié,culture,environnement,animal,agricole,semences,teigne,huile,palm


03 décembre 2020

VERS UNE REUNIFICATION DE L’IRLANDE

VERS UNE REUNIFICATION DE L’IRLANDE

Les habitants de l’Eire d’une part, de l’Irlande du Nord d’autre part, n’ont jamais, en réalité, ou il y a très longtemps (avant 1600), été un seul pays. Cependant une unification est souhaitable pour des raisons « physiques », c’est une île homogène, et psychologiques, tirer un trait sur toutes les souffrance passées.

La partition date d’un siècle, en 1922 la Couronne britannique accepte, au terme d’une très longue guerre d’indépendance, de donner son indépendance au sud de l’île, qui deviendra la République d’Irlande (Eire). Et pourquoi pas le nord alors ? Car au nord les protestants sont majoritaires et ont peur de devenir une minorité dans un pays massivement catholique. De plus, ces » collabos » ne sont pas, en fait, des irlandais, ce sont des colons (au sens d’exploitation des terres devenues libres) venus de l’ouest de l’Angleterre et d’Ecosse à la fin du XVIIe siècle.

Sauf que les catholiques du nord, la majorité du moins, n’avait vraiment jamais accepté d’être isolés du reste de l’île et sous la coupe des anglais favorables aux colons. D’où la naissance de l’IRA – Armée Républicaine Irlandaise. Et d’où un conflit permanent, pas une guerre réellement mais il y eut des morts des deux côtés entre autres, le 30 janvier 1972, jour du « Bloody Sunday » où 14 civils catholiques sont tués par l’armée anglaise. John Lennon en fera une chanson qui porte ce nom. Extraits de la chanson :

               « Vous Anglo-porcs et Scotties (nom familier des écossais)

You Anglo pigs and Scotties

Envoyés pour coloniser le Nord

Sent to colonize the North

Vous agitez votre sanglant Union Jack (le drapeau britannique)

You wave your bloody Union Jack

Et vous savez ce que ça vaut!

And you know what it's worth!

Comment osez-vous rançonner

How dare you hold to ransom

Un peuple fier et libre

A people proud and free

Gardez l'Irlande pour les Irlandais

Keep Ireland for the Irish

Remettez les Anglais à la mer!

Put the English back to sea!”

 

C’est que l’armée britannique est en fait bien embarrassée, envoyée pour éviter que les deux communautés ne s’entredéchirent elle apparaît en fait aux yeux du monde comme une simple milice coloniale. Une sortie « par le haut », sera donc cherchée de la part de Londres d’une part, de l’IRA de l’autre. Ce sera l’Accord du vendredi Saint signé le 10 avril 1998 entre Londres, la République d’Irlande, le Sinn Fein (vitrine « politique » de l’IRA) et les Unionistes (partisans de rester dans le Royaume Uni) de l’Ulster. Quel est son contenu exact ? Je ne m’engagerai pas sur ce point car on voit très bien ce jour qu’il y a de nombreuses interprétations (Cf. entre autres les négociations du Brexit et le « statut de l’Irlande »). En tout cas, pratiquement, il a permis de mettre fin aux échauffourées en Irlande du Nord et a jeté les bases d’une forme d’Irlande unifiée. Il inscrit, pour ce qui nous concerne, dans le texte la possibilité d’un référendum de rattachement du Nord à l’Eire.

On rappelle aussi, peu de français suivent ce qui se passe là-bas :

  • Que ce qu’on appelle les « anglais », au sens « Britain », Grande -Bretagne, c’est Angleterre + Ecosse + Pays-de-Galles, et « UK », Royaume Uni, c’est les trois + l’ Irlande du Nord. Mais le seul pays « officiel » pour le reste du monde c’est UK. Les trois couleurs du drapeau RU sont le blanc pour l’ Angleterre, le bleu de l’ Ecosse et le rouge du Pays-de-Galles, pas de place pour les « invités » irlandais.
  • En sport, c’est différent, chaque « entité », en foot par exemple, a sa propre équipe nationale, mais pas en athlétisme, tennis ou natation où les athlètes concourent sous le maillot commun. L’autre exception étant le rugby, sport où il y a une équipe d’Irlande unique, comme c’est aussi le cas pour le cricket. L’hymne de l’équipe de rugby est l’ « Ireland’s call » (paroles en annexe de ce document)
  • Signification des couleurs du drapeau (sud) irlandais :

. Vert : couleur emblématique de mouvement catholique de libération nationale, est associée traditionnellement à l'Irlande (l’île d’Emeraude),

. Blanc : symbole de paix entre les deux communautés,

 . Orange : commémore pour les protestants la victoire décisive du roi d'Angleterre Guillaume III (issu de la Maison d'Orange-Nassau) que celui-ci remporta le 30 juillet 1690 à la Boyne sur les partisans catholiques de Jacques II.

  • En Irlande, les nationalistes ou républicains sont ceux qui souhaitent à terme la réunification
  • En Irlande du Nord, les unionistes sont ceux qui souhaitent le maintien dans le Royaume Uni.
  • L’Ulster est le nom de la province nord-irlandaise, le RUC : Royal Ulster Constabulary, sa police. Stormont est le siège de son gouvernement et de son parlement.
  • Le Sinn Fein (« Nous-mêmes » en gaélique) est la vitrine politique de l’IRA, seul parti à être établi des deux côtes de la frontière. Tandis que le DUP est le principal (mais non unique) parti représentant les protestants au nord.
  • Le gaélique est l’autre nom de la langue irlandaise. Langue obligatoire dans l’enseignement au sud, facultative au nord, comprise par une petite moitié de la population du sud mais pas encore massivement utilisée.
  • La population du Sud est d’un peu plus de 5 millions d’habitants tandis que celle du nord est d’un peu moins de 2 millions

 

Dans ce qui suit, on traduit l’article « The ‘Messy and Angry’ Prospect of Ireland Reunifying” d’ ED O'LOUGHLIN – The Atlantic 21 OCTOBER  2019”. Les “…” indiquent des redites ou des passages que j’ai jugé moins intéressants. Les parenthèses sont des ajouts personnels là où le contexte serait ambiguë.

« Le changement démographique (les catholiques vont devenir majoritaires au nord – on y revient plus loin) et sociologique montrent que la possibilité d’une réunification augmente. Toutefois peu de gens sont préparés aux conséquences.

 

DUBLIN—Peu de gens parlaient de réunification au printemps 2016 : la plupart supposaient que l’Accord du vendredi Saint avait gelé le sujet pour un bon moment. La majorité protestante et pro-British et la minorité catholique, qui souhaitait historiquement la réunification avec la république d’Irlande, vivaient en paix après des décennies de violence inter-religieuse. Où était l’urgence de changer les choses ?

Puis l’imprévu est arrivé. Le Royaume uni a voté pour quitter l’Union Européenne. Soudain l’Irlande du Nord – qui, en tant qu’une composante du R.U., avait voté pour rester dans l’UE – allait être sortie du bloc, la frontière entre l’UE et l’Irlande du Nord serait réinstaurée. Des avertissements ont proliféré sur les conséquences —économiques, sécuritaires, politiques—de re-séparer les deux parties de l’île d’Irlande.

Dans cette nouvelle atmosphère fébrile, l’idée que l’Irlande puisse un jouir être réunifiée, en séparant l’Irlande du Nord du Royaume Uni, ne semble plus très loin.

Un tel futur est envisagé dans l’Accord du vendredi Saint, via des référendums des deux côtés de la frontière, et les études d’opinion et les tendances démographiques montrent que nous n’en sommes pas si loin. Tout d’abord car la tendance démographique de long terme indique que les catholiques en Irlande du Nord, dont la majorité se considère nationaliste, vont bientôt être majoritaires dans le mini-Etat, qui a été dessiné en 1921 spécifiquement pour avoir une majorité protestante. Le mois dernier, pour la première fois, une étude a montré qu’une majorité de nord-irlandais était en faveur de la réunification, bien que seulement par une marge de 51-49.

L’idée est devenue si répandue, en fait, que Peter Robinson—un ancien leader du Democratic Unionist Party (DUP), parti extrémiste, qui a dans le passé fondé une milice armée - a déclaré l’an dernier que les unionistes feraient bien de se préparer à un vote et à en accepter le résultat.

On ne doit pas sous-estimer le remarquable changement de ligne que cette déclaration représente. Et en même temps il est difficile de réaliser à quel point personne n’est préparé à ce qui pourrait arriver.

Comment serait réunifiée l’Irlande dans la pratique ? Quel drapeau ? Est-ce que les nord-irlandais pourraient continuer à avoir la double nationalité ? Est-ce qu’une Irlande unie sous la coupe de Dublin serait un Etat fédéral avec des spécificités pour la partie Nord ? …

Ces questions sont déjà débattues tranquillement sur des forums privés et dans des couloirs, cependant ni Dublin ni Londres ne sont impliqués. Le gouvernement britannique est complètement absorbé par le Brexit, tandis que l’irlandais dit que sa priorité est la défense de l’Accord du vendredi Saint (en refusant de faire un lien avec la question du Brexit). Même l’assemblée et l’exécutif nord-irlandais sont muets du fait d’un absence d’accord pour constituer un gouvernement. …

Le principal point d’achoppement est la question économique. En 2016, la République d’Irlande (Eire), riche de son tourisme, de ses industries de haute technologie et de ses investissements étrangers, avait un PIB par habitant de 53 300 livres ($58,800). En Irlande du Nord – la région la plus pauvre de UK – dépendant largement des subventions centrales, que Londres évalue à 9 milliards de livres par an, le chiffre est de 23 600. (une livre vaut plus ou moins un euro).

Comme le note Steve Aiken, un élu unioniste de l’assemblée d’Irlande du Nord, la plus grande partie du commerce de la région est faite avec le reste du Royaume Uni, aussi une réunification avec le « Sud » aurait aussi un coût. Et comme les revenus sont supérieurs dans l’ Eire, il estime aussi qu’à cause de prix plus élevés et de services publics de moins bonne qualité le niveau de vie réel y est inférieur. Prenons la question de la santé : les résidents d’Irlande du Nord bénéficient du National Health Service du Royaume Uni, qui est gratuit pour les soins, alors que celui de la République qui est mixte privé-public est réputé moins efficace.

D’un autre côté, Peter Shirlow, directeur des études irlandaises de l’Université de Liverpool, affirme que beaucoup dans l’élite politique et commerciale de Dublin lui ont dit en privé que l’ Eire ne serait pas en mesure de compenser les subventions centrales de Londres qui se comptent en milliards et permettent à l’économie nord-irlandaise de survivre.

“Je pense que les gens du Sud voteraient pour la réunification sur des critères émotionnels » m’a-t-il dit, « mais on n’a pas encore eu le débat sur ce que cela coûterait ».

Si la réunification semble plus probable dans le contexte du chaos post-Brexit, il y a encore peu de signes que cela arrivera à court terme. Bien que les catholiques soient sur le point de devenir le premier groupe religieux en Irlande du Nord, ils sont peu susceptibles de constituer une majorité absolue pendant encore quelque temps. Il n’est pas non plus acquis que tous voteraient pour le changement. Après presque un siècle d’existence comme un mini Etat, l’ Irlande du Nord montre des signes d’identité propre et les vieilles lignes de séparation sectaires sont en train de s’atténuer. Aux dernières élections européennes ce mois de mai (2019) le Parti de l’Alliance anti-Brexit qui n’est ni catholique ni protestant, a vu sa part des votes passer de 7,1 à 18,5%.

La société (nord irlandaise) est en train de se normaliser tranquillement, a dit Shirlow, citant des études qui montrent que presqu’un quart des couples nord irlandais sont entre des gens de communautés différentes et qu’un tiers de écoliers de la région ne se reconnaissent d’aucune religion en particulier. « Des taxis me racontent comment les dimanches matins ils vont dans la zone protestante de Shankill Road pour prendre des enfants et les emmener voir leurs grand-mères dans la zone catholique de Ballymurphy.” »

Ed O’Loughlin est auteur et journaliste basé in Dublin.

 

Pour nous résumer donc :

Côté Sud rien ne semble plus presser pour la réunification pour deux raisons :

  • D’un côté les « responsables » politiques voient bien que cela coûtera un bras, similaire à l’absorption de la RDA par l’Allemagne de l’Ouest
  • D’un autre côté les électeurs, qui se sont embourgeoisés eux aussi votent (on y revient) pour des partis de droite considérant le Sinn Fein comme une force d’extrême gauche car ayant approuvé la violence dans le passé. 

Mais ces deux raisons ne me semblent pas spécialement valables. D’une part la république d’ Irlande est capable d’absorber le choc comme elle l’a déjà fait après la crise de 2008 qui avait semblé mettre le pays à genoux. Il n’en fut rien. D’autre part cela augmentera le marché pour les entreprises et permettra, comme avec la RDA, d’avoir un déplacement de travailleurs du Nord vers le sud dans un pays qui est en quasi pénurie de main d’œuvre. Et aussi, je pense que, en cas de référendum, les partis de droite ne voudront/pourront pas être explicitement opposés.

D’autre part, du côté des électeurs, les choses sont en train de bouger aussi. Ainsi, en février 2020, le Sinn Fein a été pour la première fois en tête des élections, passant de 13,8 à 24,5% des voix. (En réalité cette proportion serait supérieure s’il avait présenté des candidats dans toutes les circonscriptions, ce qui donne une idée du « big bang » que cela a représenté) On cite :

« Mary Lou McDonald, l'Irlandaise qui a dédiabolisé le Sinn Fein

AFP•10 février 2020

La cheffe du Sinn Fein, Mary Lou McDonald, a réussi à dédiaboliser son parti, jadis vu comme sulfureux en raison de ses liens avec l'Armée républicaine irlandaise (IRA) et bouleversé le jeu politique lors des élections législatives en Irlande.

Deux ans tout juste après son élection à la tête du Sinn Fein, remplaçant son mentor et chef historique Gerry Adams, la quinquagénaire a remporté son pari haut la main: son parti a remporté le plus de suffrages samedi. Il devance les deux partis centristes qui se partagent traditionnellement le pouvoir, le Fianna Fail et le Fine Gael du Premier ministre Leo Varadkar qui arrive piteusement troisième.

 

"McDonald a été la star de la campagne et ses attaques contre le Fianna Fail et le Fine Gael (...) ont été brutalement efficaces", relevait lundi le Irish Times, estimant que le "Sinn Fein a mené la meilleure campagne de tous les principaux partis".

Son discours social a séduit les électeurs dans une société frappée par une crise du logement et un nombre record de personnes sans abri. »

 

 

Certes les partis de droit et centre-droite ont réussi à se mettre d’accord pour continuer à gouverner ensemble mais, comme dit dans l’article, la dédiabolisation du Sinn Fein est maintenant acquise.

Le sud ne pourrait pas voter à l’inverse d’une décision du nord acceptant la réunification. Les choses se joueront donc, si jamais la situation devait évoluer, côté nord.

 

De ce côté de la « frontière », devenue virtuelle, on a vu que les choses n’étaient pas forcément trop évidentes. C’est-à-dire que les catholiques sont effectivement en train de devenir le groupe le plus important mais, dans les référendums, le résultat le plus logique n’est pas forcément celui qui sort des urnes. On rappelle en particulier les précédents au Québec ( deux référendums), en Ecosse et le fameux Brexit. Les républicains auraient donc tout intérêt à choisir le bon timing pour que la question vienne devant les électeurs. Sachant qu’en cas d’échec, il faudrait compter dix ans ou plus avant l’organisation d’un nouveau … dont le résultat pourrait être tout aussi incertain.

En même temps la Grande-Bretagne est amenée à connaitre une récession très forte, et même historique, sur 2020/2021 car très touchée par le Covid 19 d’une part, et très affectée aussi par le Brexit qui aura des conséquences sur l’investissement en particulier. Par conséquent, regardant vers le nord aussi (Ecosse), Londres ne pourrait pas s’opposer aussi à une volonté forte des nord-irlandais.

 

Ce qui amène à la question finale : à quel moment et selon quelles modalités un référendum sur la réunification est-il possible ?

Wikipédia : “L’ Accord du vendredi Saint stipule que le Secrétaire d’Etat (un ministre du gouvernement british spécifiquement en charge du dossier nord-irlandais) devait organiser un référendum si, à un moment donné, il apparaît comme probable qu’une majorité des votants serait désireuse de ne plus appartenir au Royaume Uni et de rejoindre une Irlande unie. »

Curieux article qui donne en fin de compte la responsabilité d’organiser la scission à un ministre de sa gracieuse majesté. Mais, les anglais n’étant pas toujours malhonnêtes (sauf quand ils arbitrent l’équipe de France en rugby), on peut penser que le gouvernement de Belfast emporterait le morceau s’il était déterminé. Mais, il y a un gros mais, l’exécutif nord-irlandais est en fait issu des principaux partis, selon un modèle proche du Liban.  (depuis janvier 2020, l’exécutif de compromis a Arlene Foster (DUP) comme première ministre et Michelle O'Neill du Sinn Féin comme première ministre adjoint(e), les cinq principaux partis participant au gouvernement, y compris celui de l’Alliance). Totalement exclu qu’ils/elles parlent d’une seule voix sur ce sujet.

On rappelle maintenant que le référendum sur l'indépendance de l'Écosse a eu lieu en 2014, et que les dirigeants écossais en réclament un nouveau sur la base du Brexit.

 

A partir de là on imagine deux scénarios pour mettre fin à cette injustice historique :

  • Scénario 1 les anglais craignent un résultat différent pour le prochain référendum sur l'indépendance de l'Écosse. Pour gagner du temps ils leur refusent et organisent celui sur la réunification de l’Irlande ;
  • Scénario 2 la crise sociale devient telle en Irlande du Nord que les partis trouvent une forme d’alliance, demandant à Dublin une bouée de sauvetage que Londres n’est plus capable de leur lancer. En ce cas, on peut même imaginer que le parti unioniste modéré ne prônerait pas un vote contre.

 

Scénario 3 : les chose n’évoluent pas. Comme indiqué dans l’article, tout le monde s’habitue à tout. Et cela fait maintenant un siècle que les gens vivent avec la partition. Mais on veut croire que ce n’est pas le plus probable.

 

 

© Serge Darré                                                            Novembre 2020

 

ANNEXE

Ireland's Call

Que vienne le jour et que vienne l'heure

Que viennent le pouvoir et la gloire

Nous sommes venus pour répondre

À l'appel de notre pays.

Depuis les quatre fières provinces d'Irlande

Refrain

Irlande, Irlande

Ensemble nous faisons face

Épaule contre épaule

Nous répondrons à l'appel de l'Irlande

Depuis les vastes Glens d'Antrim

Depuis les collines accidentées de Galway

Depuis les murs de Limerick

Et la baie de Dublin

Depuis les quatre fières provinces d'Irlande

Refrain

Cœur d'acier

Et têtes qui ne s'abaissent pas

Jurant de ne jamais être brisés

Nous combattrons jusqu'à ce que

Nous ne puissions plus combattre

Pour les quatre fières provinces d'Irlande

 

 

Mots clés : Irlande,DUP,Sinn Fein,Belfast,réunification,partition,référendum,Foster, O'Neill,Adams,accord,vendredi, McDonald,Brexit,RU,anglais,IRA,Dublin,Eire

12 novembre 2020

Que faut-il penser de la revendication d’égalité salariale entre joueurs et joueuses de tennis ?

Que faut-il penser de la revendication d’égalité salariale entre joueurs et joueuses de tennis ?

 

 

(On en restera au sport, on ne pose pas la question pour ce qui est de la vie professionnelle, revendication tout à fait légitime dans ce cas, sauf que les femmes sont plus souvent absentes, notamment pour s’occuper des enfants, mais on n’ira pas plus loin car on ne dit pas non plus que l’on veut pénaliser celles qui ont fait des enfants etc. …)

En sport, on bénéficie de critères beaucoup plus objectifs.

Pourquoi commence-t-on par le tennis ? Car on a récemment pu voir sur les écrans de cinéma un film basé sur la rivalité entre la championne de l’époque : Billie-Jean Moffit-King et l’ancien champion Bobby Riggs. Rappelant que la première l’avait emporté dans un match exhibition mais le second avait 55 ans à l’époque. Mais ce qui importe c’est le pourquoi de ce défi. Bobby Riggs contestait en effet ce que les femmes venaient d’obtenir récemment : l’égalité des « prize money », gains, entre femmes et hommes dans les 4 tournois du grand chelem (Melbourne, Paris, Londres, New-York).

Sa contestation venait tout d’abord du fait que les femmes disputent 3 sets alors que les hommes jouent en 5 sets. D’autre part, d’un point de vue tennis, il y a un écart de niveau très conséquent. C’est-à-dire que la plus forte des femmes, Serena Williams, n’aurait aucune chance contre l’un des 250 premiers mondiaux et probablement pas non plus contre le 300ème. Et d’autres joueuses moins puissantes n’auraient pas leur chance contre un joueur autour de la place 350.

Et qui paierait ce que coûte une place sur le central de Wimbledon pour voir un match entre les numéros 240 et 276 ? Rappelant que le niveau du tennis féminin est extrêmement inégal pour cette question de puissance et parce que les joueuses ont un jeu plus monocorde et donc plus fragile. La sœur de Serena, Venus, par exemple est encore 6ème mondiale à 36 ans en s’entrainant de manière irrégulière. Rappelant aussi que Kim Clijsters a abandonné sa carrière de joueuse en 2007, fait un enfant, avant de revenir sur le circuit en juillet 2009 pour gagner l’US Open début septembre ! Hormis Serena, d’autre part, les meilleures ont un gros souci de régularité : ainsi Ana Ivanovic va rester 12 semaines No 1 en 2008, suit Jelena Jankovic 18 semaines, puis Dinara Safina 26 semaines, Caroline Wozniaki 67 semaines, Victoria Azarenka 51 semaines, Angelique Kerber 34 semaines … toutes ne sont pas connues car elles ont parfois connu des chutes rapides au classement.

On arrive alors au fait que les femmes ont d’autres argument à faire valoir : dans le désordre : elles jouent avec des petites jupettes et surprennent par leurs cris, elles sont souvent plus combatives et, ayant moins de puissance, on plus de temps pour voir le jeu. D’autre part, au cours de ces 20 dernières années, les meilleures ont beaucoup progressé physiquement ce qui rend leurs matchs, en général, plus spectaculaires.

Du reste, le tennis féminin a gagné l’égalité des primes dans d’autres tournois : les Master 1000 en effet, ont dû accepter la règle des grands chelems. Madrid ou Pékin, par exemple, pour avoir à la fois les hommes et les femmes, ont dû s’aligner. Oui, mais ce sont pour les mêmes raisons politiques et parce qu’on estime que les riches peuvent se l’offrir. Le restant de l’année, en effet, les tournois sont distincts, les femmes jouent par exemple à Linz pendant que les hommes sont au Portugal. Et là c’est une toute autre histoire : les courts ne font pas du tout le plein sur le circuit féminin et les gains en tournoi sont très inférieurs. On prend un cas concret : du 23 au 29 avril 2018 se tiendra un ATP 500 à Barcelone pour un total de gains de 2,8 millions dollars. La même semaine les femmes joueront à Stuttgart pour 700 mille dollars. Il est d’ailleurs si difficile et, pour tout dire risqué d’organiser des tournois féminins que la saison s’arrête un mois avant : le Masters a lieu en octobre alors que pour les hommes c’est en novembre.

Les spectateurs, quel que soit leur sexe, préfèrent ce qu’il y a de mieux. Surtout si, outre le billet il a fallu payer du train et/ou un hôtel.

Pour autant, on avoue que l’on préférera un match féminin entre deux joueuses de niveau proche que d’assister à un match d’Ivo Karlovitch, dont tout le tennis est basé sur le service, ou de Rafael Nadal dont on sait qu’il va gagner 6/1, 6/3, 6/2 contre n’importe quel adversaire. Ce n’est pas le cas de la majorité des spectateurs, car il y a le phénomène « j’y étais ». On sera fier de dire aux collègues de bureau « j’ai vu Nadal » et non pas « j’ai vu Wozniacki ». La valeur d’un tournoi pour les spectateurs, les sponsors et les télévisions c’est donc le nom de ces très grands joueurs.

Pour aller plus loin, qu’est ce qui fait, d’autre part, la valeur d’un joueur ? Il y a la technique, le physique et le mental dans lequel on inclue la tactique. Or, sur le plan physique, au risque de ne pas être dans la bien pensance, il faut dire les choses comme elles sont : hommes et femmes produisent les mêmes hormones mais en quantités très différentes, spécialement pour celles liées à leur sexe. Les hommes produisent en particulier la testostérone qui est favorable au développement des muscles. Leur masse musculaire représente en conséquence en moyenne 35% de leur masse totale contre 28% pour les femmes. Inversement, parce que, dans la nature, les femmes sont normalement appelées à enfanter, elles ont des réserves de graisse plus importantes : 20 à 25% de tissus adipeux contre 15 à 20% chez l’homme. Enfin, toujours pour d

es causes génétiques, le muscle cardiaque est un peu plus petit chez la femme que chez l’homme.

Donc l‘homme a naturellement, merci, des capacités supérieures d’un point de vue sportif. Ce qui ne veut pas dire que tout est figé évidemment, une femme qui s’entraine régulièrement fera mieux que la majorité des hommes, d’où la victoire de B.J. King. Mais dans ce document on ne parle pas de Mr et Mme Tout le monde mais de champions.

En athlétisme, hors dopages, par exemple, les meilleurs courent le 100 mètres (on simplifie) en 10 secondes, les féminines en 11. On va dire que ce n’est pas un écart phénoménal ? Si, en impression visuelle, s’ils couraient ensemble on aurait l’impression que l’un va très vite alors que la seconde n’avance pas. Cela sera encore plus évident sur 400 mètres, 44 sec vs 49, l’homme arriverait pendant que la femme serait à peu près à la moitié de la dernière ligne droite.

En natation, les écarts sont aussi de l’ordre de 10% au moins mais, la force ayant un peu moins d’importance, on a constaté que les nageuses d’aujourd’hui sont au niveau des records masculins d’il y a 45 ans ou un peu plus. Ainsi le record du monde sur 200 mètres de Federica Pellegrini est de 1 mn 52 sec 85 (en 2009), ce qui lui aurait donné la médaille d’argent derrière Marc Spitz aux J.O. de Munich en 1972.

En équitation, on marque une pause, c’est le seul sport où femmes et hommes concourent ensemble au plus haut niveau ; pas de différences observables entre les performances des deux sexes même si les hommes remportent plus souvent les médailles en sauts d’obstacles et les femmes en dressage.

En foot, par contre, on retrouve des écarts très importants, du fait entre autres de la force nécessaire qu’il faut au niveau des cuisses. Ainsi, en match de préparation, l’équipe de France féminine a perdu sur un score très large contre les 15/16 ans. En outre, pour une question de détente, les gardiennes prennent des buts qui seraient simplement ridicules en foot masculin.

En basket, outre un déficit de taille, on retrouve ce manque de détente verticale. En effet, sauf très rares exceptions, dans des matchs féminins on n’aura pas de dunks ni allee-oop, qui sont une part importante du spectacle chez les masculins. Cela n’empêche pas d’avoir des matchs plaisants à regarder mais plus posés et moins explosifs forcément.

En patinage artistique, enfin, c’est de l’artistique, donc les femmes devraient offrir un spectacle un peu plus intéressant avec leur tenues et leurs muscles ronds. Oui, mais d’un point de vue patinage, les prestations des hommes sont … supérieures en raison des sauts qu’ils sont capables de réussir, au contraire de leurs consœurs. On retrouve la même chose qu’à l’opéra, le danseur étoile s’élève plus haut et plus longtemps. Pour autant, la grâce est un peu plus répandue chez les femmes (il y a des patineurs qui en ont beaucoup aussi) et, dans l’épreuve de danse sur glace, c’est elle que les spectateurs regardent surtout, lui étant là surtout pour la mettre en valeur.

 

 

 

 

@ Serge Darré                                                                                           janvier 2018

 

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06 octobre 2020

Défense du PKK comme une entité profondément démocratique

Quand les turcs ont pénétré une nouvelle fois dans le nord de la Syrie pour s'attaquer aux forces YPG la France a demandé "gentiment » l’arrêt des hostilités arguant que les YPG ont aidé l'ensemble des démocraties en étant la seule force luttant effectivement contre Daech au sol. Ce qui était vrai.

Mais pourquoi ne les défendre que pour cela ? En considérant, à la limite, que si Daech était complètement éliminé on pourrait en faire ce qu'on veut. Le franchissement de la frontière d'un pays voisin pour installer une milice islamiste à peine moins radicale que Daech n'est-il pas déjà assez scandaleux en soi ?

 

C'est que la France et l'UE sont en réalité gênées aux entournures car elles savent bien que la principale composante des YPG (on épargnera la signification du sigle) est le PKK syrien. Et qu'est-ce que le PKK syrien ? C'est l'émanation dans ce pays du Parti des Travailleurs du Kurdistan. Ce "parti" ayant un leader turc : Abdullah Öcalan, lui-même l'un des fondateurs du PKK "global".

 

Ce point ne souffre pas de discussion auprès des kurdes syriens ; comme le montre l'ouvrage "La commune du Rojava" - Editions Syllepse. Ils reconnaissent complètement Öcalan comme leur leader.

Ceci nous amène à envisager l'historique de cette organisation transnationale et à essayer de comprendre pourquoi elle est considérée comme terroriste par l’UE et la France.

 

  1. De la création du PKK à son évolution récente

On se réfère notamment à Wikipédia. Rappelant que les kurdes sont présents dans 4 pays limitrophes : Turquie (le plus grand nombre), Syrie, Irak et Iran. Ils ne se sont jamais vus reconnaitre un territoire propre mais, il faut le rappeler aussi, ils ne sont pas d’accord entre eux. Ainsi en Irak le PDK et l’UPK sont opposés l’un à l’autre. D’autre part le PDK est un ennemi juré du PKK. Et on peut signaler aussi qu’en Turquie même il y a des kurdes qui ne se reconnaissent pas dans ce parti, malgré les bons scores réalisés récemment aux élections par le HDP. Mais ce n’est pas en fait le composante « ethnique » qui va nous importer ici. On va voir pourquoi.

Le PKK a été fondé en 1978 dans le petit village de Fis. Dès 1979, il s’oppose par les armes à des clans kurdes, comme eux, mais jugés favorables au régime (c’est-à-dire collabos des turcs). En 1980, suite à un coup d’Etat militaire, la plupart des partis turcs sont démantelés et tous les militants connus emprisonnés. Wikipédia : « 2 000 membres présumés du PKK sont arrêtés et emprisonnés. La prison de Diyarbakir va être le théâtre d'actes de « résistance » qui vont jouer un grand rôle dans la construction de la martyrologie du PKK. Plusieurs militants s'immolent par le feu pour protester contre les tortures systématiques de prisonniers pratiquées par l'État turc. Mazlum Doğan, membre du Comité central, après une tentative d'évasion, se pend le 21 mars 1982, après avoir symboliquement allumé trois allumettes pour célébrer le Newroz, le Nouvel an kurde. Deux mois plus tard, le 18 mai 1982, quatre membres du PKK, dont le membre du Comité central Ferhat Kurtay, s'immolent par le feu pour « faire vivre la flamme de la résistance ».

Le PKK d’alors est à la fois une organisation « de gauche », ce qu’il est toujours, « chrétienne » au sens des premiers chrétiens, et identitaire, c’est à dire kurde avant tout. A partir de 1981 il va se lancer dans la lutte armée contre l’Etat turc au moyen, principalement, d’attentats contre des militaires. Il obtient des succès militaires relatifs et est rejoint par de nombreux jeunes. Ce qui va amener l’Etat turc à une répression féroce avec des morts civiles et d’importants déplacements de populations. Wikipédia : « Des milliers de villages sont évacués dans les années 1990 et des centaines de milliers de Kurdes sont forcés de quitter leur village ou ville. Avant d'entamer un recul progressif, laminé par la contre-offensive des autorités turques, le PKK contrôlait en 1991 une large portion du sud-est anatolien. Le fait que l'armée reprenne les rênes des opérations anti-PKK et vide quelque 4 000 villages de leurs habitants coupe ensuite le PKK de ses soutiens dans la population et, par la même occasion, de ses circuits de ravitaillement clandestins. »

Au milieu des années 90, le PKK crée ses premières unités combattantes purement féminines dont le modèle est Zeynep Kınacı (nom de code Zîlan) qui fait exploser sa ceinture d’explosifs au milieu d’une parade militaire (ici on est plutôt islamiste).

A la même époque l’organisation s’internationalise, accueillant des composantes syrienne, irakienne et iranienne, le tout dans la clandestinité ou en Europe de l’ouest car elle n’est évidemment tolérée nulle part.

Wikipédia : « En 1999, Abdullah Öcalan, fondateur du PKK est capturé au Kenya par les services secrets turcs, américains et israéliens, puis condamné à mort pour avoir fondé et dirigé une organisation considérée terroriste. Des manifestations, parfois violentes, ont lieu dans de nombreux pays. Ainsi, quatre membres du groupe sont tués lors d'une manifestation devant le consulat général d'Israël à Berlin pour protester contre le rôle du Mossad dans l'arrestation d'Öcalan. Une première réaction des militants et des sympathisants du PKK est le passage à des formes d'actions auto-sacrificielles : une douzaine de militants ont recours à des attentats-suicides, tandis qu'une soixantaine de sympathisants tentent de s'immoler par le feu (20 d'entre eux perdront la vie) ».

Malgré cette arrestation et le fait qu’il soit jusqu’à ce jour toujours emprisonné sur une île au large d’Istanbul, Öcalan, familièrement surnommé Apo, reste le chef, au moins spirituel du PKK. Personne n’a osé non plus se présenter comme son successeur mais il y des dissidents par rapport aux efforts de paix que l’on va examiner plus loin.

A partir de là on s’écarte de Wikipédia. En effet il est très important de signaler que sa doctrine a évolué, au moins depuis 1998, soit quelques mois avant son arrestation. On s’appuie sur le livre cité plus haut dont le sous-titre est « l’Alternative kurde à l’Etat-nation ». Apo pense depuis ce moment qu’il est inutile de réclamer l’indépendance du ou d’un Kurdistan – évolution tout à fait majeure. Il renonce à un pays en propre. C’est-à-dire qu’une large autonomie lui suffirait. Mais cela va même plus loin, car c’est un renoncement au nationalisme, ou, si le Kurdistan turc devenait autonome, il faudrait que la coexistence soit harmonieuse avec les turcs qui y vivent aussi, par exemple.

On cite (extrait de ses Carnets de prison) : « La démocratie communale naturelle s’appuiera sur des assemblées de village, de ville, d’agglomérations dont les délégués sont dotés de pouvoirs de décision. Ce qui signifie que le peuple et les communautés pourront décider de leur destin. Elle appelle tous les secteurs de la société, en particulier les jeunes et les femmes, à se doter de leurs propres organisations démocratiques et à se gouverner eux-mêmes. »

Mais est-ce que tout cela n’est que des déclarations d’intention ? Non car le fonctionnement démocratique et les valeurs de discipline prôné par Apo ont déjà été mis en œuvre sur le terrain et il s’est révélé extraordinairement efficace compte tenu d’un contexte plus que difficile :

-        En Irak, le PKK a été la seule force à résister à Daech alors que l’armée régulière et toutes les autres milices fuyaient ou se rendaient

-        En Syrie, avec la création d’une entité de fait, le Rojava où le PKK est allié, au sein des YPG avec des arabes et arméniens. C’est ce qui a permis aux Etats-Unis de fournir des armements alors que le PKK est toujours considéré comme « terroriste » - on y reviendra.

Mais ce fonctionnement démocratique, renforcé en quelque sorte par les guerres civiles où les armées d’occupation se concentrent sur d’autres objectifs (cas de la Syrie), ne date pas de l’émergence de Daech. On peut le voir dans le film « My Sweet Pepper Land » de Huner Saleem avec Golshifteh Farahani dans l’un des rôles principaux dont l’action se déroule en Iraq, où l’on voit déjà à l’œuvre les unités combattantes féminines.

Dans le même ordre d’idée, on doit citer le HDP. Ce parti est lié au PKK sans que cela soit officiel bien sûr. Parti kurde au départ il a su rassembler une proportion suffisante de non kurdes pour créer la surprise aux élections générales de 2015 où il dépassa 10% des voies (presque 13% en fait) ce qui signait son entrée au parlement. Dans la même veine que ce qui se pratique au Rojava pour les conseils municipaux, par exemple, il avait à sa tête conjointement un homme et une femme. Ce qui aurait pu être pratique en cas d’arrestation d’un des deux, l’autre prenant le relais : respectivement Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ.  Sauf que les sbires d’Erdogan ont arrêté les deux le même jour, le 4 novembre 2016. Le même jour 9 députés de cette formation furent arrêtés aussi et, par la suite, nombre de maires élus. Dans ce pays merveilleusement démocratique qu’est la Turquie …  Mais on y revient.

Est-ce à dire avant d’aborder le point 2 que le PKK a déposé les armes ? Non car pour qu’il y ait la paix il faut qu’une trêve soit signée. Mais, pour l’essentiel, il s’agit tout au plus d’une autodéfense. D’autre part, il ne faut pas se tromper, d’anciens membres refusent la politique de la main tendue d’Apo et continuent les actions terroristes. Exemple : « Les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), un groupe radical dissident du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a revendiqué dimanche 6 novembre 2016 l'attaque à la voiture piégée contre un commissariat de Diyarbakir dans la nuit de jeudi 3 à vendredi 4 novembre 2016, qui a fait 11 morts. » (Juste au moment des arrestations massives). Mais ce ne sont pas les mêmes personnes.

Pour faire un parallèle avec l'IRA nord-irlandaise, quand l'IRA a renoncé à la lutte armée il y a eu une Faction dissidente qui a continué les attentats. Si Londres et les Unionistes de Belfast avaient pris cela pour prétexte les Accords du Vendredi Saint de 1998 - Northern Ireland Peace Agreement dans la terminologie officielle- n'auraient jamais été signés.

 

2 .Le PKK une organisation terroriste ?

Les Turcs s'y connaissent en massacres de masse et déplacements de populations. En 1915 le Génocide arménien a coûté la vie à plus ou moins 1,5 million de personnes : hommes, femmes, enfants, vieillards. C'est du passé ? L'offensive turque sur le Nord-Est syrien pour « chasser les terroristes » a entraîné le déplacement de plus ou moins (là aussi on n’est pas à 10 000 près) 300 000 personnes obligées de fuir leur habitation.

On en a fini ? On ne va pas parler du traitement des autres chrétiens (« grecs » notamment, en fait turcs de rite chrétien orthodoxe) au début du XXe siècle. Non, on va parler de la France. Pendant que l'armée turque lâchait ses bombes, l'hebdomadaire Marianne nous apprend que les banques françaises ont fermé les comptes de certains responsables du PKK en France sur demande des autorités (police ou justice ? On n'a pas le détail). Dégelasse ? Un peu mais juste d'un point de vue juridique. Cela rappelle seulement le bon maréchal Pétain et la France collabo.

Il semble, tout d’abord, que la France n’ait pas de doctrine propre pour ce qui est de déterminer quelles sont les organisations considérées comme terroristes. C’est très ennuyeux mais c’est comme cela et on admet qu'il faut un minimum de coordination. Et, dans ce cadre, signalons que le Conseil de l’Europe a su évoluer. Ainsi ne sont plus considérées comme organisations terroristes l’IRA (armée républicaine Nord Irlandaise) depuis 2009, l’ETA (qui combattait pour l’indépendance du pays basque espagnol) depuis 2009 également ainsi que les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) depuis 2016. De sorte qu’on n’entre pas dans la liste comme en enfer ; des réévaluations sont possibles. Mais on imagine déjà que cela n’est pas possible tant que le principal pays concerné n’a pas donné son aval, soit respectivement dans les cas cités le Royaume Uni, l’Espagne et la Colombie.

Or le PKK n'a semble-t-il jamais été « réévalué » après avoir été mis sur la liste des organisations terroristes suite aux attentats du 11 septembre 2001. Et dans le « en même temps » macronien, l'OTAN est réputée en «mort cérébrale » ET – déclarations du même lors de la visite d'Erdogan en janvier2018 : «nous prenons les mesures nécessaires sur notre sol pour lutter contre le PKK que nous considérons comme une organisation terroriste». (Source quotidien Libération) Difficile d'être plus schizophrène. Ce qui pose aussi la question de la diplomatie française. Son chef, Jean-Yves le Drian est invisible et, plus à la base, on ne sait pas s'il y a encore des services à qui on demande de produire des analyses ? On a peur que non. Donc ce serait la Quai d’Orsay qui serait en «mort cérébrale » ? On n’en est pas loin.

Et Erdogan d'ailleurs ? Il a été d'accord pour des négociations de paix avec l'ennemi kurde notamment en 2013 et puis, du jour au lendemain, il y a mis fin. On peut imaginer que c'est le score réalisé par le HDP aux élections de 2015 (Cf. ci-dessus) qui l'a convaincu de revenir à une guerre totale.

Mais, à la fin, pourquoi le PKK est-il toujours dans cette liste des organisations terroristes ? Pour beaucoup, il finance ses unités combattantes avec l’argent de la drogue. C’est probablement vrai, on n’ira pas plus loin dans l’investigation, mais il est en guerre contre l’Etat turc et toute guerre doit être financée, donc cela n’est pas une raison suffisante à mon sens. Un autre argument est qu’il y a toujours des attentats contre les militaires turcs : combien ? à quand remonte le dernier ? rien de très convaincant non plus.

Un argument peut-être plus convaincant serait qu’il continue à exercer une forme de terrorisme à l’encontre des kurdes « réfractaires » (on a vu plus haut qu’il n’y a pas homogénéité au sein de cette minorité).

On cite Faruk Gun internaute sur le site Quora, qui répond à la question « comment peut-on considérer comme terroriste une armée qui a sauvé la vie à 20 000 yézidis ? ». Sa réponse : « Disons que le PKK a sauvé 20 000 personnes mais jusqu’alors pendant 45 ans ils ont tué 40 000 personnes surtout des civils.

Jusqu’à présent ils tuent des civils mais les médias occidentaux ne montrent que le côté “combattants de la liberté” !

Je suis un kurde qui ai grandi comme un kurde en Turquie. Le PKK a attaqué mon village 3 fois et a tué des civils qui étaient kurdes aussi.”

Cependant, malgré la validité de ce témoignage, on n’a pas de trace récente, c’est-à-dire en gros depuis 2010, d’attaques du PKK contre des civils ou même militaires turcs, sauf récemment, à la suite de l'attentat antikurde de Suruç, ville-frontière turque, attribué à un kamikaze ayant effectué plusieurs séjours en Syrie avec l'État islamique, en juillet 2015 qui a coûté la vie à 32 volontaires de la Fédération des associations de jeunes socialistes, venus en soutien à la ville de Kobané, côté syrien. Cet attentat dont les kurdes ont été les seules victimes a servi à Erdogan de prétexte pour attaquer tout le monde : Daech mais aussi le PKK et des organisations civiles. Il y a eu évidemment des ripostes sur le moment à ces attaques multiples. Et sauf une bombe par ci par là en direction des positions turques, mais la guerre c’est évidemment aussi une guerre de position, comme la défense dans un sport co.

En réalité, outre le score du HDP, l'attentat antikurde de Suruç joue un rôle très important. Erdogan fait comme si c’était les kurdes qui avaient redéclenché les hostilités et il relance une politique de quasi extermination comme l’avait fait l’armée il y a quelques décennies. On cite : «  Les opérations ont commencé (en 2016) après l’été dernier après que le cessez le feu de 2013 ait été dénoncé. Des villes comme Cizre et Sur, la plus grande ville du sud-est après Diyarbakir, ont été réduites en cendres. Des organisations humanitaires comme Amnesty International et Human Rights Watch ont publié des rapports accusant l’armée turque d’usage disproportionné de la violence, ce qui a conduit à des centaines de morts civiles, y compris des enfants et personnes âgées. Au moins 400 000 personnes ont dû fuir les villes assiégées. Ce mois-ci les Nations Unies ont aussi fait part de leurs inquiétudes, en demandant aux autorités turques un accès à ces villes pour mesurer les violations aux droits de l’homme. Aucune permission n’est venue. »

La Turquie c’est en Europe ? En 2016, 400 000 personnes ont dû fuir des villes assiégées en Europe et on doit trouver cela normal ! (Même si, pour être tout à fait exact, les villes n’ont pas été totalement détruites, une partie seulement comme à Alep en Syrie et même si beaucoup d’habitants ont pu revenir après quelques semaines).

Alors d’accord, la Turquie fait partie de l’Otan et elle est un marché très intéressant pour les armes et l’automobile et aspire théoriquement à intégrer l’UE, mais trop c’est trop. On revient plus loin sur la Turquie et sur ce que devrait faire la France. Mais, pour le moins, le statut du PKK doit être reconsidéré comme cela a été fait pour l’Ira et l’Eta.

 

 

3       La Turquie est-elle réellement une démocratie ?

Cette question peut paraître saugrenue dans la mesure où, dans ce pays, il y a des élections à peu près fiables. C’était même le seul pays musulman où cela était vrai jusqu’aux Printemps arabes.

Sauf que : 1er hic, depuis le troisième mandat d’Erdogan comme premier ministre, en 2011, son parti : l’AKP n’a eu de cesse de museler la presse. Dans ces conditions, certes, tout le monde peut aller voter, mais n’ont le droit d’être informés que ceux qui ont accès aux médias étrangers. On cite l’article « Erdogan » de Wikipédia : « Ce durcissement du gouvernement turc contre la liberté de la presse s'accentue au cours de son mandat. En 2015, 15 chaînes de télévision sont ainsi saisies ou interdites d’émettre par le pouvoir, des centaines de journalistes sont sous le coup de poursuites pour avoir « insulté le président ». En novembre 2015, les journalistes Can Dündar et Erdem Gül sont accusés d'«espionnage » pour avoir publié en mai un article sur les livraisons d'armes des services secrets turcs (MIT) à des groupes rebelles en Syrie. …

Les procès pour injure envers M. Erdogan se sont multipliés depuis son élection à la tête de l’État en août 2014. Environ 2 000 procédures judiciaires ont été lancées en Turquie pour ce motif entre août 2014 et avril 2015. En 2017, près de 3 000 journalistes ont perdu leur travail, souvent parce que le média pour lequel ils travaillaient a été interdit. »

A ce stade, on recommande de prendre un bon café turc et de se relaxer car on n’en est qu’au début.

Ensuite, si les résultats électoraux sont généralement réputés fiables à l’étranger, il y a tout de même deux exceptions notables :

  1. Le référendum constitutionnel qui s'est déroulé samedi 16 avril 2017 pour donner plus de pouvoirs au président de la République. Officiellement les électeurs ont dit oui à 51% mais « Une mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Turquie, pour surveiller le référendum constitutionnel portant sur le renforcement des pouvoirs du président, qui s'est déroulé dimanche 16 avril 2017, a indiqué que le scrutin "ne répondait pas aux standards du Conseil de l'Europe", provoquant la colère de la Turquie, qui a accusé les observateurs de l'OSCE "de véhiculer des stéréotypes" sur la Turquie, et "de ne pas respecter le principe d'impartialité". Donc, soyons clairs, les résultats ont été bidouillés car cela était trop important pour Erdogan.
  2. Elections pour la mairie d’Istanbul en mars 2019. Le résultat lui étant défavorable, il a fait annuler le scrutin. Au final l’opposition l’a tout de même emporté lors d’un deuxième vote mais on est encore loin des standards démocratiques.

Vient ensuite la question des prisonniers politiques. Hormis les journalistes déjà cités, ils se comptent par dizaines de milliers. Comme pour le cas de Suruç cité plus haut, Erdogan a profité d’un coup d’Etat réel en juillet 2016 pour nettoyer toute forme de critique ou d’opposition. Comme l’a souligné le Conseil de l’Europe en avril 2017, (Reuters) « L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (Apec) a ouvert mardi une procédure de suivi concernant la Turquie, en raison des nombreuses violations de l’Etat de droit et des droits de l’homme constatées dans le pays.

La Turquie a déjà fait l’objet d’une procédure de suivi entre 1996 et 2004. Cette mesure soumet le pays à un contrôle plus étroit du respect des engagements auxquels il a souscrit en adhérant au Conseil de l’Europe, organisme de défense des droits de l'homme qui comprend 47 Etats membres dont 28 sont membres de l'Union européenne.

La résolution ouvrant officiellement cette procédure contre la Turquie a été approuvée par 113 voix, contre 45 et 12 abstentions.

Pour justifier cette décision, l’Assemblée invoque la régression démocratique du pays qui s'est accentuée depuis le coup d’Etat manqué du 15 juillet dernier.

Elle "s’inquiète que l’état d’urgence (qui a suivi) serve non seulement à exclure des institutions étatiques les personnes impliquées dans le coup d’Etat, mais également à faire taire toutes les voix critiques et à générer un climat de crainte parmi les citoyens ordinaires et les universitaires, au sein des organisations non gouvernementales et des médias indépendants, au risque d’ébranler les fondations d’un Etat démocratique".

Le ministère turc des Affaires étrangères a fermement condamné ce qu'il qualifie de "décision injuste" et estimé que la xénophobie et de l'islamophobie "se propageaient de façon violente" en Europe.

L'Assemblée veut protester contre la levée de l’immunité de 154 parlementaires et l’arrestation de douze d’entre eux, celle de plus de 150 journalistes ainsi que les purges qui ont touché quelque 150.000 agents de la fonction publique. »

Encore ces arrestations massives de fonctionnaires, dont militaires et policiers n’en étaient alors qu’à leur début.

Source LCI octobre 2016 : « Turquie : les chiffres hallucinants de la grande purge d'Erdogan

Plus de 12.000 policiers ont été mis à pied en Turquie pour des liens présumés avec l'ex-prédicateur Fethullah Gülen accusé d'avoir ourdi le putsch avorté de la mi-juillet, a annoncé la police mardi. Sur 12.801 policiers mis à pied, 2.523 sont des gradés, a précisé la police dans un communiqué. La force de police en Turquie compte quelque 270.000 hommes et femmes.

Selon le dernier bilan connu, près de 32.200 fonctionnaires sur les 3 millions que compte l'Etat turc ont été suspendus ou démis de leurs fonctions. L'administration de l'Education nationale du pays est la plus affectée par la purge. En tout, 15.200 enseignants ont été suspendus, 21.000 personnes travaillant dans l'éducation privée ont perdu leur licence et les 1.577 doyens des universités publiques et privées ont été mis à pied. Enfin, 1043 écoles privées, 15 universités et 35 centres hospitaliers ont été fermés. (Ah oui, on a failli oublier, il y a des milliers de fonctionnaires qui ne sont pas en prison mais qui ont « seulement » perdu leur emploi du jour au lendemain)

Mercredi 27 juillet, les autorités du pays avaient donc annoncé qu'ils avaient ordonné la fermeture de 45 journaux et de 16 chaînes de télévision. Trois agences de presse, 23 stations de radio, 15 magazines et 29 maisons d’édition ont également été fermés, tandis que 47 mandats d’arrêt avaient été délivrés à l’encontre de journalistes. Lundi 25 juillet, son avertissement avait déjà été mis à exécution, 42 journalistes ayant en effet été visés par un mandat d'arrêt.

Au lendemain du putsch raté à la mi-juillet, l'armée a été la première institution visée par la purge d'Etat. Sur les 13.000 personnes arrêtées et placées en garde à vue, on comptait 6.000 à 8.000 militaires selon les différentes sources. Sur les 360 généraux que compte l'armée turque, 118 avaient été placés en garde à vue et 99 ont été inculpés par la justice. Mercredi 27 juillet, le pouvoir turc informait par ailleurs que 149 généraux et amiraux avaient été limogés "pour leur complicité dans la tentative de coup d’Etat".

Mais les magistrats ne sont pas en reste : 2.854 juges et procureurs étaient placés en garde à vue au lendemain de la tentative de coup d'Etat, dont deux membres de la Cour constitutionnelle critiques du pouvoir d'Ankara. En outre, selon un décompte réalisé par l'AFP fin juillet, 5.837 personnes ont été placées en détention depuis le 16 juillet. » Et les juges, les avocats et les enseignants, il ne faut surtout pas les oublier ceux-là ! Bande de fumiers !

Et on n’oublie pas non plus ce qui a déjà été dit plus haut. L’armée turque a franchi la frontière syrienne pour installer dans des villes du nord une milice islamiste qui lui est inféodée. Et, au fait, les liens avec Daech dont on a vu ci-dessus que cela a coûté la prison à des journalistes trop bien informés. Certes, à certains moments la Turquie a combattu cette organisation, c’est indéniable, mais à d’autres moments elle l’a aidé, par exemple contre les kurdes, ou bien elle a fermé les yeux sur les passages de la frontière par les apprentis djihadistes étrangers. D’ailleurs, leur chef Al Bagdadi a été tué à très peu de kilomètres de la frontière turque, au nord de l’enclave d’Idlib. Cela n’est-il pas une preuve suffisante ? Alors bien sûr ils ont laissé passer l’hélicoptère des forces spéciales US qui devait survoler le territoire, mais avaient-il le choix ? On ne développe pas plus mais on peut regarder, entre autres, cet autre témoignage : « https://www.lejdd.fr/International/enquete-entre-la-turquie-et-daech-des-echanges-de-prisonniers-qui-interrogent-3620696 »

 D’autre part, puisqu’on vient de citer l’enclave d’Idlib, si les rapports avec Daech étaient troubles, ceux avec Al Qaïda (appelé Front al-Nosra en Syrie) ne souffrent aucune ambiguïté, Ankara défend expressément cette autre peste brune.

Conclusion. Il y a des élections, mais, pour le reste, on n’est absolument pas dans un Etat démocratique. Rappelant qu’Hitler aussi était arrivé au pouvoir par les urnes. Il me semble, sans exagération, que l’on est exactement dans le même cas. Disons que la Turquie de ce jour c’est l’Allemagne de 1937, pas plus pas moins.

Tiens, pour rappel avec les autodafés de ces années-là, source Wikipédia : » Au moins de juin 2016, une trentaine de maisons d'éditions sont contraintes de fermer à la suite d'un décret gouvernemental. Le 11 décembre 2017, le ministre de la Culture turc Numan Kurtulmuş a révélé que 139 141 livres avaient été retirés des 1 142 bibliothèques sous sa juridiction depuis le mois de juin 2016. Il s'agit en partie de titres écrits par le Mouvement Gülen, ou édités par les maisons d'éditions fermées par le décret de juin 2016, accusés d'être de la propagande terroriste. Mais parmi ces livres se trouvent des ouvrages de Baruch Spinoza, Albert Camus ou Louis Althusser, tous accusés d'avoir fait partie d'organisations terroristes. Se trouve également un manuel de mathématiques dans lequel un problème évoquait « un point F » et « un point G », pensant avoir affaire à une référence déguisée à Fetullah Gülen. »

 

 

4       Que devrait faire la France ?

La France doit tout d’abord affirmer solennellement qu’elle s’opposera à l’entrée de la Turquie dans l’UE jusqu’au retour de la démocratie, a minima, c’est-à-dire plus de prisonniers politiques et plus de guerre contre sa propre population.

Jusqu’ici, c’est la partie la plus simple.

En outre, dès le jour suivant, elle doit reconnaître officiellement le PKK comme une organisation démocratique et légitime, par la loi. Là on entre un peu plus dans la difficulté car les responsables du Quai d’Orsay vont devoir effectivement se sortir les doigts du luc pour aller justifier cela auprès de nos partenaires européens. Dans l'optique évidente que l'ensemble de l'UE ait à court ou moyen terme la même position.

L'étape suivante est évidemment d'aider très concrètement les YPG sur le territoire syrien. Tâche évidemment très difficile car on ne peut pas passer par la Turquie et on n'a plus non plus de lien diplomatique avec le pouvoir de Damas. Mais tâche pas impossible non plus car on peut passer par l'Iraq avec lequel nous avons de bonnes relations. Et, si cela est difficile, cela compensera aussi le fait que la France n'a pas aidé les républicains espagnols entre 1936 et 1939 dans leur combat contre la dictature militaire alors que là, la frontière était immédiate.

Les actions à mener seraient de 4 ordres :

  1. Livrer des armes, non point offensives mais défensives. Ce pourraient être des lance-roquettes anti chars et anti aériens, des fusils de précision et des grenades, voire quelques drones.  Ces armes pourraient être surveillées par des forces spéciales françaises pour s'assurer qu'elles ne passent pas la frontière et ne sont donc utilisées qu'à titre défensif. (On rappelle que le PKK est une organisation unique). Il s'agit de s'assurer que lors de la prochaine attaque des turcs avec leurs supplétifs ils encourent des pertes importantes, susceptibles de « retourner » l'opinion publique de ce pays.
  2. Aider financièrement à l'édification et la tenue d'une prison qui accueillera les djihadistes français en premier lieu, mais aussi tunisiens. Cela évitera aussi que ces braves gens viennent se faire juger en France et soient dehors au bout de cinq ans. Ils resteraient donc là-bas pour une durée indéfinie.
  3. Aider financièrement à l'édification et la tenue d'un hôpital. Celui-ci sera notamment spécialisé dans le traitement des blessures de guerre.
  4. Fournir, pour partie à titre gratuit, des biens d'équipement qui sont si difficiles à approvisionner là-bas comme médicaments, pièces de rechange … On pourrait envisager un budget annuel de 300 millions d'euros pendant 4 ans, par exemple. Ce point sera à étudier aussi avec le pouvoir syrien, ce qui suppose un minimum de coordination avec lui.

Et c'est là qu'on entre dans la difficulté maximum. Bien sûr, les turcs ne pourront pas rester sans réaction. La France va donc perdre des contrats d'armement et civils. Comment en irait-il autrement ?

D'accord, mais outre la guerre civile espagnole, il faut se souvenir aussi des Accords de Munich de 1938 au cours desquels nous avions largué la Tchécoslovaquie. N'est-il pas temps d'expier ces fautes du passé ?

Toujours est-il que c’est à partir du moment où cette aide directe aux YPG va prendre forme que Erdogan va déclencher sa bombe atomique. En effet, en vertu de l’accord UE – Turquie de mars 2016, ce pays s’est engagé d’une part à ne pas laisser quiconque embarquer pour les côtes grecques, d’autre part à reprendre les candidats à l’immigration renvoyés par la Grèce. Cet accord est réputé avoir tari considérablement le flux de réfugiés, qui avait atteint plus d’un million en 2015, spécialement en provenance de la Syrie en guerre. Il pourra, en conséquence, dénoncer en partie ou complètement l’accord.

Mais la France peut riposter déjà avec le tourisme qui est très important pour l’économie turque. Elle peut interdire tout vol de et vers ce pays ce qui calmera le gouvernement d’Ankara. D’autre part, il n’est pas évident que tous les syriens (on évalue leur nombre à plus ou moins 3 millions en Turquie) seront prêts à partir : certains ont trouvé un travail ou autre moyen de subsistance en Turquie et ils ne souhaitent pas s’éloigner trop de leur pays d’origine, ayant l’espoir d’y retourner un jour. En outre, la frontière a été aussi déplacée, par exemple en Macédoine ou Bosnie qui bloquent aussi l’afflux de réfugiés. Et puis il n’est pas certain que l’accord soit effectivement suivi, le tarissement du flux s’expliquant aussi par d’autres causes. Cependant il ne faut pas s’illusionner non plus sur le fait que beaucoup souhaiteront tout de même prendre la route.

Dès lors, la France, si elle veut faire mieux qu’en 1938, doit prendre ses responsabilités. On préconise qu’elle accepte 5 000 familles syriennes avec enfants par semestre, soit près de 25 000 personnes. Pourquoi chaque semestre ? Parce que cela durera tant qu’une solution politique au conflit syrien n’aura pas été trouvée. Mais verra-t-on jamais la fin de ce conflit ? On peut penser qu’au Moyen Orient les gens adorent se faire la guerre pour l’éternité. Oui, mais d’autre part, le régime de Damas souffre tout de même et souhaite en voir la fin. C’est pourquoi des discussions sont en cours d’une part sous l’égide de l’ONU, qui se tiennent à Genève, d’autre part pilotées par la Russie l’Iran et la Turquie eh oui ! dites processus d’Astana. On peut croire raisonnablement que la Russie et l’Iran qui sont affaiblies aussi du fait de leur boycott par l’Occident finiront bien un jour par persuader Bachar El Assad qu’il doit céder.

 

 

 

 

Fin document

© Serge Darré 2019

Mots clés : PKK,Turquie,Ocalan,APO,kurdes,Rojava,YPG,Erdogan,purge,Hitler,OSCE,Gülen, Syrie

 

 

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02 septembre 2020

UNE RESPONSABILITE GOUVERNEMENTALE DIRECTE DANS LES ATTAQUES TERRORISTES PENDANT LES QUINQUENATS DE HOLLANDE ET MACRON

UNE RESPONSABILITE GOUVERNEMENTALE DIRECTE DANS LES ATTAQUES TERRORISTES PENDANT LES QUINQUENATS DE HOLLANDE ET MACRON

Un an après et même quelques semaines de plus on va pouvoir dire que les attentats terroristes de novembre 2015 auraient pu/dû faire beaucoup moins de morts sans des failles dramatiques des dispositifs de protection de la population.

Petit rappel des faits

La France était très directement visée en raison, notamment des frappes de notre aviation dans la région de Raqqa en Syrie qui « font mal » à DAECH. D’autre part l’organisation a à sa disposition des belges, français, belgo-marocains ayant la haine de la société dans laquelle ils vivent et connaissant le terrain.

Dans la soirée du 13 novembre 2015, il fait particulièrement doux sur Paris et beaucoup profitent d’une soirée quasi printanière au cœur de l’automne. Trois attaques quasi simultanées vont être menées avec des succès divers comme on va la voir :

  • au Stade de France (Saint Denis) il s’agit de faire un maximum de morts avec la plus grande exposition médiatique puisque le stade est plein pour un match France – Allemagne
  • les attaques des « Terrasses » visent à s’attaquer à la jeunesse qui sort le soir et profite de la vie ; elles ont lieu dans le XIème arrondissement de Paris
  • dans la salle de concert du Bataclan est visée, outre la même population, un lieu connu pour avoir hébergé plusieurs manifestations sionistes

 

Ce qui, a contrario, a fonctionné

Le Stade de France aurait pu faire beaucoup plus de morts si l’un ou plusieurs des terroristes avait pu entrer et déclencher sa bombe. Mais les procédures ont bien fonctionné – qui disent notamment que l’on ne peut entrer sans montrer le contenu de son sac et les agents de sécurité étaient formés et courageux. Peut-être ont-ils eu aussi affaire à des « bourricots » pas préparés à ce que les choses ne se passent pas comme prévu, la plupart des assaillants de Stade de France étant syriens et donc pas spécialement en terrain connu. Résultat : un seul mort.

Pour rappel : les attaques des « Terrasses »

Pratiquement imparables ; les assaillants se déplacent et font feu sur un maximum de gens. Il y a 39 morts et 32 blessés.

Le pire : le Bataclan

C’est là qu’il y eut le plus de morts et de blessés, beaucoup très graves car par armes de guerre. Le nombre de morts serait d’après notre décompte de 89 pour 400 blessés. Et c’est là que réside l’un des scandales majeurs : en effet, entre le début de l’attaque (21H40) et l’assaut final du RAID à 0H15 il s’est écoulé plus de deux heures et demie. C’est que l’on n’avait pas les armes de guerre et les soldats pour riposter ? Mais non, on les avait, à quelques dizaines de mètres : des parachutistes gardent en effet les synagogues. On a voulu, depuis les attentats de janvier 2015, montrer que l’on n’attaque pas ces lieux, mais pour les 65 millions d’autres français c’est Ok. Alors les terroristes ont compris le message. C’est ainsi que des moyens « conventionnels «  vont être mis en place avec discussion avec les ravisseurs, comme si on était dans une prise d’otages.

On dira aussi que pendant tout ce temps les terroristes ne tiraient pas non plus. Oui, mais cela fait froid dans le dos de l’écrire : parce qu’ils n’avaient presque plus de munitions ; ils avaient épuisé les leurs en tirant sur les vivants, les blessés et les morts. Surtout, des commissions d’enquête l’ont montré, en ces matières il faut aller très vite pour soigner les blessés. On ne l’a pas fait.

A contrario, trois parachutistes motivés armés de leurs fusils Famas auraient fait ce qu’a réussi un officier de la BAC de Créteil qui a abattu l’un des trois terroristes avec son pistolet. On peut dire aussi que ceux-ci avaient des ceintures d’explosifs. D’accord, il y aurait eu quelques morts supplémentaires à proximité immédiate mais beaucoup plus de vies sauvées et, on le redit, c’est aussi affaire de rapidité et de prise de risque.

On peut rappeler également que les Etats-Unis n’ont pas fait mieux dans l’attaque de la discothèque d’Orlando le 12 juin 2016. Mais cela ne suffit pas à nous consoler.

 

Deuxième scandale : l’exécution d’ Hasna Aït Boulahcen

On reprend les termes de l’article Wikipédia n’ayant rien à ajouter sur l’exposé des faits :

« Le 16 novembre, un témoignage fait état de la présence de Abdelhamid Abaaoud sur le territoire français. Les enquêteurs repèrent un talus recouvert de buissons où il s'est caché quelques heures après les attaques, en contrebas de l'A86 dans une zone d'entrepôts d'Aubervilliers. Une caméra posée par les policiers à proximité permet de détecter Hasna Aït Boulahcen s'approchant des fourrés le 17 novembre à 20 h 10. Deux hommes émergent alors du talus, il s'agit d'Abaaoud et d'un homme qui sera ultérieurement identifié comme Chakib Akrouh. Ce sont les deux survivants du commando des terrasses. Le trio est filé jusqu'à la rue du Corbillon dans le centre de Saint-Denis.

Le 18 novembre, les forces de l'ordre, Raid, BRI, police, secours, prennent place dans le centre-ville. À 4 h 16 l'assaut est donné sur un appartement, présenté par certains médias comme un squat, situé rue du Corbillon. …  L'attaque dure plusieurs heures face aux terroristes retranchés à l'intérieur. 1576 cartouches sont tirées lors de l'opération, dont 11 par les terroristes. L'intervention se termine vers 11 h 30. Fin décembre 2015, le déroulement exact de cet assaut reste inconnu de la presse. »

On reprend : 11 balles tirées par les terroristes, et 1 565 par les différences forces de l’ordre qui essuient nous dit-on un « feu nourri ». En fait, de part et d’autre du squat, ils sont en train de se tirer dessus mutuellement. En même temps la femme n’a voulu qu’aider son cousin, elle partage ses convictions mais n’a fait aucune victime. Elle aurait pu faire deux ans de prison et être libérée. Elle suppliera aussi deux fois « laissez-moi sortir ! ». La réponse à l’incurie du Bataclan : exécution et blackout vis-à-vis de la presse.

 

Les attentats du 14 juillet 2016 à Nice

On ne devait pas en parler ? On va en dire un mot quand même.

Wikipédia : « Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien domicilié à Nice, conduit un poids lourd sur la promenade sur près de deux kilomètres, prenant pour cible une foule de civils, à l'issue du feu d'artifice donné pour la fête nationale. L'attaque cause la mort de 86 personnes (bilan au 19 août 2016) et fait 434 blessés. L'attentat est revendiqué le 16 juillet par l'organisation terroriste État islamique (dite « Daech »). »

Premier problème aussi ; l’auteur des attentats n’est pas français ; il a une carte de résident obtenue par mariage mais a aussi fait l’objet de condamnations. Il n’y a pas un problème ?

 

Attaque également relativement imparable au départ (Cf. les terrasses) : un camion monte sur le trottoir et fonce sur la foule (même si le mode opératoire avait déjà été utilisé comme à Londres et était recommandé par DAECH dans ses vidéos). Mais on dit bien au départ : la question est aussi de savoir au bout de combien de temps on doit pouvoir le maîtriser, c’est-à-dire avoir des hommes suffisamment armés pour tuer le conducteur.

Cette question a trait aux effectifs de police présents sur les lieux. Selon le Canard Enchainé, qui a fait état de la polémique sur les effectifs de la police nationale ce soir-là, il y en avait une soixantaine sur place. Mais sur l’ensemble de la ville de Nice, ce qui est déjà peu compte tenu de la foule et du symbole (fête nationale, lieu hypra touristique), et, c’est là qu’est la ruse du gouvernement ; le ministère de l’intérieur tente de faire passer l’effectif total comme entièrement affecté au feu d’artifice. Et du coup cet effectif paraît presque correct selon leurs critères. On se défausse comme on peut de ses responsabilités !

On doit préciser également – on n’a pas le choix - que le « poids lourd » n’est pas un 35 mais un 19 tonnes, c’est plutôt ce que l’on pourrait appeler une camionnette qui aurait eu du mal à passer de simples barrières métalliques attachées entre elles. Et on est obligé de préciser aussi qu’à cet endroit (de la montée sur le trottoir) c’est la police nationale qui était en charge.

Les niçois, du reste, ne s’y sont pas trompés. Quand Manuel Valls est venu « se recueillir » le 18 Juillet, il a été fortement sifflé aux cris de « démission » et « assassin », et pas seulement pas des militants FN et LR.

 

L'assassinat de deux femmes à la gare Saint-Charles de Marseille le 1er octobre 2017

On cite : « Après l'assassinat de deux femmes à la gare Saint-Charles de Marseille, la Tunisie a indiqué ce lundi 2 octobre que l'assaillant était un de ses ressortissants. Ce clandestin avait été laissé en liberté après un vol samedi dernier à Lyon. »

Que s’est-il passé ? le clandestin, connu sous sept identités différentes présente un passeport tunisien au nom d'Ahmed Hanachi né le 9 novembre 1987 en Tunisie et en France depuis au moins 2005, est arrêté une fois de plus pour vol. On « envisage » son expulsion mais il n’y a pas assez de place dans les centres de rétention pour expulsables, alors, très simplement, on le relâche dans la nature pour la énième fois.

Il prend un train pour Marseille. Treize minutes après être arrivé en gare, il poignarde à mort deux très jeunes femmes : deux cousines d’une vingtaine d’années.

Autre faille du renseignement (mais on vous dit qu’il n’y avait pas de place dans les centres de rétention !) un frère d'Ahmed Hanachi était connu en Italie pour avoir combattu en Syrie et en Irak dans les rangs de l'État islamique

 

 

 

 

La liste des responsables

Président de la République : François Hollande

Premier ministre : Manuel Valls

Ministre de l’intérieur : Bernard Cazeneuve

Ministre de la défense : Jean-Yves Le Drian

 

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08 août 2020

LA LEGENDE DU CRIME CONTRE L’HUMANITE ET CELLE DE L’ESCLAVAGE

Un crétin qui est cependant devenu président de la république depuis n’a pas hésité à affirmer que la colonisation avait été un « crime contre l’humanité ». Pourquoi cette affirmation est-elle erronée ? Car, dans l’esprit de ceux qui ont défini cette expression, il s’agit de caractériser, notamment, les actes, en temps de guerre, commis sans nécessité sur le terrain, étant entendu que la guerre c’est sale, cela on le savait déjà. On veut citer ici notamment les massacres de civils et de prisonniers ou destructions de biens qui n’ont pas de visée militaire, quel qu’en soit la raison. Le problème ici, c’est qu’en désignant des actions militaires, spécifiquement contre le FLN, comme crime contre l’humanité, tout devient crime contre l’humanité et plus rien ne l’est. Les mots perdent alors leur sens.

Est-ce à dire que les colons français n’ont jamais commis ce genre d’actes ? Non, il y en a eu, très peu, mais on peut citer en effet quelques exemples comme les massacres de Sétif ainsi que des exécutions « gratuites » en Afrique équatoriale française. Mais ces tueries étaient en quelque sorte sporadiques, justifiées, même si on dirait de nos jours que c’est injustifiable, par des considérations stratégiques : les européens étant très minoritaires devaient frapper très fort pour ne pas être complètement débordés, rappelant, par exemple, que les incidents de Sétif ont démarré par la mort d’une centaine d’européens.

Il reste, si on est sérieux, que ce n’était pas une pratique courante. A l’exception de l’Algérie, où résidaient circa un million d’européens au moment de l’indépendance, les français au sens large (nombreux italiens et espagnols) étaient trop minoritaires pour soutenir des combats dans la durée. La colonisation a donc consisté, en règle générale, à se faire accepter par les populations, éventuellement mais c’est de bonne guerre, en jouant les ethnies les unes contre les autres.

Exemple : au Maroc, les populations musulmane, israélite (donc de souche), et européenne étaient respectivement de 7 442 000, 199 000 et 357 000 en 1951. A un contre vingt, les francaouis n’auraient pas pu tenir s’ils n’avaient pas eu d’alliés au sein de la population marocaine. Et d’ailleurs ils n’ont pas tenu quand la volonté d’indépendance des musulmans a été manifeste, notamment à la suite des manifestations (circa 1953) consécutives à l’assignation à résidence du sultan à Madagascar (on fait court). Le principe de l’indépendance fut dès lors acquis dès 1955.

 

Le problème est dès lors que l’on n’étudie plus l’histoire, spécialement au lycée et que l’on veut résumer des processus qui eurent leur logique propre en une phrase choc, comme celle cité ci-dessus. On montre par-là surtout que l’on est ignare.

Le dessein fondamental de la colonisation, dans sa globalité, Algérie mise à part encore (et Inde pour les britanniques) ne fut en réalité jamais vraiment connu par les acteurs. On en avait attendu des gains pour la métropole sous forme de matières premières à bon marché et de marchés captifs pour les produits manufacturés. Mais comme il fallait aussi investir dans les infrastructures et entretenir des troupes il s’avéra assez tôt que cela n’était pas rentable, ce qu’ont confirmé des études économiques ex post. Donc la raison de notre présence là-bas devenait de moins en moins claire quand il fut décidé de donner l’indépendance à la majorité des colonies, vers 1960.

Personne parmi les simplificateurs, pour qui les colonies ne visaient qu’à exploiter ces peuples, ne se pose d’ailleurs la question : qu’auraient décidé les peuples, d’Afrique noire notamment, si on leur avait donné le choix lors d’un référendum ? On ne dit pas recueillir l’avis des quelques dirigeants ayant appris le marxisme lors de leurs études à Paris, on dit interroger tout le monde, y compris les paysans illettrés. On ne dispose, on peut le déplorer, que d’un exemple : en 1974 la France a donné le choix aux comoriens ce qui a donné globalement le résultat escompté mais la métropole s’est quand même retrouvé aussi avec un … département de plus, le 101ième, qui est Mayotte.

On peut observer, d’autre part que, si on situe le commencement de la colonisation dans les toutes dernières années du XIXème siècle, avec une fin en 1960, elle n’a duré, généralement, qu’une soixantaine d’années, ce qui n’est rien à l’échelle de l’histoire humaine. Ceux qui restent convaincus de ses méfaits diront que cela a bouleversé les sociétés concernées. Si alphabétiser est bouleverser alors oui. Mais, d’autre part, elles seraient bien entrées dans une forme de modernité un jour ou l’autre et, si on prend par exemple les cas du Gabon et du Congo Brazza, la découverte du pétrole a eu des effets bien plus déstabilisateurs que la présence française qui n’avait concerné, pour l’essentiel, que les villes du littoral (vs les forêts de l’intérieur).

De plus, nous n’avons pas apporté seulement l’alphabétisation en Afrique noire, mais aussi la médecine. Comme le signale le site bvoltaire, en Algérie « …  la France soigna, grâce à ses médecins, toute la population, amenant cette dernière de moins d’un million, en 1830, à dix millions, en 1962. »

 

 

ON PASSE MAINTENANT A UN JUGEMENT SUR L’ESCLAVAGE

Cette question est insidieuse. Quand on dit que l’Europe (au sens large, compris US et Brésil) devrait s’excuser pour l’esclavage on ne dit pas que nous avons créé l’esclavage mais c’est comme sous-entendu et pour des sujets méconnaissant l’histoire mondiale, comme nos jeunes têtes encore, cela devient presque une évidence. Et, après tout, le gouvernement nigérian s’excuse-t-il pour l’esclavage ? Non. Alors peut-être est-ce réellement une spécialité des blancs ?

Pour expliquer le rôle qu’ont effectivement joué les européens dans l’augmentation de l’esclavage il faut remonter au XVe siècle. L’esclavage avait alors quasiment disparu en Europe. Mais il était très répandu en Afrique et Asie, mais on passe sur l’Asie. Quant à l’Amérique elle n’est pas encore dans le paysage.

Ce phénomène, pour ce qui nous concerne, est donc essentiellement africain. Il est endémique essentiellement pour 3 raisons :

  • On capture ses ennemis au combat
  • Et aussi les voyageurs qui appartiennent à une autre ethnie et qui ont eu le malheur de passer par là
  •  Enfin pour alimenter une filière vers le nord : le palais-ville de Meknès, on y reviendra, a été largement construit par des esclaves chrétiens et africains

L’islam a d’ailleurs un rôle ambivalent : d’un côté il permet le commerce car on accueille les voyageurs et, évidemment, pas question de les réduire en esclavage. Et d’autre part, on va chercher pour les sultans du Maghreb et d’Arabie, une main d’œuvre réputée impie et qui peut donc mourir à la tâche.

On passe sur les sacrifices humains, sous la bénédiction ou non des sorciers, qui pouvaient aussi bien s’appliquer à un étranger qu’à un proche.

La situation va changer au XVIe siècle et pas seulement à cause de la découverte de l’Amérique qui ne sera qu’un accélérateur. Le fait très important est que l’Europe prend goût au sucre que l’on a appris à cultiver à grande échelle. Le sucre devient l’or blanc de l’époque, le pétrole d’aujourd’hui. Et pour alimenter un marché insatiable il faut pouvoir produire toujours plus. Or les blancs employés dans les champs de canne à sucre ont un taux de mortalité effrayant. Il faut donc trouver une autre solution.

C’est alors que l’on s’avise que la main d’œuvre africaine résiste beaucoup plus longtemps. Des bateaux vont alors s’approcher des côtes africaines et commencer leurs premières acquisitions. Mais il faut bien situer le contexte : les européens ne mènent pas des expéditions dans l’intérieur des terres pour récupérer la « marchandise ». Ils attendent qu’on leur apporte. (Cf. Théodore Canot – Confessions d’un négrier – Payot Voyageurs). Ils se sont donc greffés sur un commerce déjà existant mais, évidemment, des « businessmen avisés » ont commencé à se spécialiser dans la fourniture aux navires et le nombre d’esclaves, pris globalement à l’échelle du continent, a dû fortement augmenter.

Une littérature s’en est suivie, vraie mais incomplète, qui dit que les africains étaient dès lors déracinés : on ne leur permettait plus de parler leur langue et d’invoquer leurs dieux. Sans doute parce qu’on a pensé dès le début à emmener des femmes et que l’on prévoyait qu’ils auraient une descendance qui ne devait dès lors rien connaître de ses origines.  Exact mais quel était l’avenir d’un africain fait prisonnier par des africains ? A peu près le même.

Signalons aussi, avant d’aller plus loin, que l’esclavage fut interdit par la Grande-Bretagne et la France dès le début du XIXème, circa 1820. Il n’exista alors que sous forme de contrebande et pour le Brésil qui continua encore un certain temps.

Petite digression ici pour expliquer pourquoi l’esclavage est resté légal dans le sud des EUA jusqu’à la guerre de Sécession. C’est qu’un autre « or blanc » avait vu le jour : le coton. Seuls les noirs, encore une fois, étaient assez résistants pour survivre à la cueillette du coton (Cf. 12 Years a slave – Solomon Northup – Michel Lafon).

On a dit ci-dessus que la cause essentielle de l’esclavage avait été la « contrainte économique » de la production sucrière. Mais, en outre, les colonies, au fur et à mesure qu’elles prospéraient, ont eu une autre contrainte : celle d’augmenter le peuplement. Dans cette optique on eut recours aussi à des formes de soumission, que l’on appellera esclavage ou pas, de blancs. Ce sont essentiellement :

  • A. le système des « indentured servants » par lequel l’aspirant émigrant se faisait payer son voyage en échange d’une soumission totale sans salaire à son créancier/propriétaire pendant 2, 4 et jusqu’à huit ans. A la différence de l’esclave noir le servant gagnait toutefois sa liberté à l’issue du contrat. Le fonctionnement est expliqué entre autres dans l’ouvrage « Trade in strangers – Marianne S. Wokek – The Pensylvania State University Press ». Cela a concerné pratiquement la moitié des immigrants des futurs USA aux XVII è et XVIII è siècles
  • B. la déportation des femmes aux colonies ; il s’agissait souvent (toujours ?) de prostituées dans le but explicite de peupler les colonies et avec, évidemment, aucun droit de retour
  • C. le bagne, là encore pour des condamnations y compris mineures (moins de 10 ans par ex. pour les bagnes de Guyane) on pouvait être envoyé au bagne outre-mer avec l’espoir que, une fois libéré, le condamné ne chercherait pas à revenir en métropole. Chacun sait que cette méthode est à l’origine de la plus grande partie du peuplement initial de l’Australie
  • D. Et puisqu’on parle de l’Australie, alors sous domination britannique, il faut citer, à l’instar des « femmes de mauvaise vie », les déportations d’enfants dont le tort unique était d’être à ce moment-là dans un orphelinat.

Les temps étaient beaucoup plus difficiles qu’aujourd’hui. On n’avait pas besoin de seulement quelques centaines d’euros pour traverser l’Atlantique et toutes ces techniques, même après l’abolition de l’esclavage, paraissaient à l’époque moralement correctes.

Que peut-on dire d’autre au demeurant ? On peut dire que les européens ont été quasi tout autant victimes de l’esclavage, en nombre. En effet, les pirates musulmans écumaient les côtes, non seulement de la Méditerranée dans son ensemble, mais aussi de l’Atlantique et de la mer d’Irlande. Ils ramenaient de ces expéditions des esclaves vendus le plus souvent à Rabat, Alger et Tunis. Certains ont pu être rachetés par des fondations religieuses ou parvenaient parfois à voler un bateau et s’évader, mais 99% sont juste morts à la tâche. On a dit en préambule que le palais-ville de Meknès a été construit essentiellement par des européens et africains. Cf. Giles Milton – Captifs en Barbarie – Petite bibliothèque Payot. On estime qu’au moins un million d’européens ont ainsi été capturés aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. C’est même l’un des causes, non la seule, de la colonisation de l’Algérie en 1830.

Par une inversion des termes et le fait que l’on enseigne pas du tout l’histoire comme une matière scientifique où les élèves exerceraient leur esprit critique, mais comme un bréviaire réduit à sa plus simple expression, on fait rentrer dans les têtes que nous serions à l’origine de l’esclavage. Alors qu’en fait, c’est exactement le contraire : nous avons utilisé l’esclavage, multiforme comme vu ci-dessus, mais nous sommes aussi, en réalité, ceux qui ont mis fin à cette pratique évidemment horrible. En fait, dans les pays colonisés, l’esclavage existait avant mais il avait, pour l’essentiel, disparu à la suite de la colonisation. Nous sommes donc ceux qui y ont mis fin. On s’autorise d’ailleurs une dernière remarque : Haïti est le pays qui a obtenu le premier son indépendance, dès les premières années du XIXè siècle. Eh bien l’esclavage est toujours pratiqué là-bas, sous la forme que l’on appelle des « restavec » consistant à vendre son enfant à une famille plus aisée qui l’utilisera (sans le payer, faut pas pousser !) comme domestique. Idem au Bénin …

Et puis, si circa 10 millions d’individus ont été forcés de traverser l’Atlantique entre 1530 et 1850, c’est, plus ou moins, le nombre de morts de la sorcellerie pendant la même période de temps. On mourait parce qu’on était désigné par un sorcier : pas de procès, pas d’avocats, pas d’appel, la mort le jour même. Dans « nos » colonies nous avons aussi interdit cette pratique donnant à des millions d’individus l’opportunité de vivre plus longtemps.

 

 

@ Serge Darré                                                             Novembre 2017